Et le connétable de Richemont s’étant assuré des principales positions marcha vers Notre-Dame, suivi de ses capitaines et des seigneurs de son armée. Au milieu du tumulte joyeux, au bruit des canons qui tiraient sur les Anglais enfermés dans la Bastille Saint-Antoine, le connétable et ses capitaines descendirent de cheval sur le parvis de la cathédrale et entrèrent tout armés dans la nef pour y faire chanter un Te Deum d’actions de grâces.

En 1450, la victoire remportée à Formigny annonce le jour très proche où les derniers lambeaux du territoire de la France seront arrachés aux Anglais; la ville de Paris célébra cet heureux événement par une grande procession des enfants des écoles âgés de sept à dix ans. Quatorze mille de ces enfants marchant deux à deux, chacun un cierge à la main, partirent de l’église des Innocents accompagnés d’un nombreux clergé et de châsses contenant des reliques vénérées, et s’en furent à Notre-Dame où les attendait l’Evêque de Paris. Une messe solennelle d’actions de grâces fut chantée, après laquelle la procession reprit le chemin de l’église des Innocents.

Ensuite pendant un siècle le cours régulier des choses est repris; à Notre-Dame alternent les messes solennelles pour les entrées des rois après le Sacre, des reines après le mariage, et les obsèques de ces rois et de ces reines, cérémonies joyeuses ou funèbres entre lesquelles il y a place pour des Te Deum, en actions de grâces pour des victoires ou autres événements heureux.

Une de ces entrées royales se fit de façon particulière et par un chemin inaccoutumé, ce fut celle de la reine, femme de Louis XI, en 1467. La Chronique de Jean de Troyes raconte cette entrée exceptionnelle d’une façon très pittoresque:

«Et le mardy premier jour de septembre, la Royne aussi arriva à Paris en bateaulx par la rivière de Seine, et vint arriver au terrain de Nostre-Dame, et illec à l’arrivée qu’elle fist trouva tous les présidens et conseillers de ladicte court de parlement, l’évesque de Paris, et plusieurs aultres gens de façon, tous honnestement vestus et habillez. Et à l’entrée dudit terrain y avoit fait de moult beaulx personnaiges, illec richement mis et ordonnez de par la ville de Paris: et si est assavoir que avant que ladicte Royne se mist esdits bateaulx pour venir à Paris, furent au devant d’elle et pour la recepvoir les conseillers et bourgeois de ladicte ville en grant et notable nombre, aussi tous en bateaulx, qui estoient tous richement couvers de belle tapisserie et draps de soye. Et dedans iceulx estoient les petits enfans de chœur de la Saincte Chapelle; qui illec disoient de beaulx virelais, chançons et aultres bergerettes moult mélodieusement. Et si y avoit aultre grant nombre de clarons, trompettes, chantres, haulx et bas instruments de diverses sortes, qui tous ensemble jouoyent chascun endroit soy moult mélodieusement, à l’eure que ladicte Royne, ses dames et damoiselles entrèrent en leur basteau dedans lequel par lesdits bourgeois de ladicte ville luy fut présenté ung beau cerf fait de conficture, qui avoit les armes d’icelle noble Royne pendües au col: et si y avoit plusieurs aultres beaulx drageouers tous plains d’espiceries de chambre, belles confictures, grant quantité aussi y avoit de fruicts nouveaulx de moult de sortes, violettes fort odorans gettées et semées tout parmy le basteau, et vin à tous venans y fut baillé et distribué, tant que on en vouloit avoir et prendre. Et après qu’elle eut faicte son oraison à Notre-Dame de Paris, elle se rebouta en son basteau et s’en vint descendre à la porte devant l’église des Célestins, où aussi elle trouva dessus ladicte porte de moult beaulx personnaiges, et elle descendit à terre, monta et ses dames et damoiselles sus chevaulx, belles hacquenées et parlefrois qui illec l’attendoient, et puis s’en ala jusques en l’ostel du Roy aux Tournelles. Et devant la porte dudit hostel trouva aultres moult beaux personnaiges.

«Et icelle nuit furent faits à Paris les feux par les rües d’icelle, et illec mises aussi tables rondes et donné à boire à tous venans.»

LA MAISON DU LIEUTENANT? (PORT-SAINT-LANDRY)
D’APRÈS LE PLAN DE TAPISSERIE

A cette époque et pour plusieurs siècles encore, l’administration, pour ainsi parler, de Notre-Dame est partagée entre la juridiction du chapitre exercée par un official, un promoteur, un greffier pour les affaires ecclésiastiques, et la Barre du chapitre, juridiction pour la temporalité, exercée par un bailli laïque, avec lieutenant, procureur fiscal, greffier et huissier, de laquelle ressortent toutes causes civiles, criminelles, de police et de droits seigneuriaux dépendant de la censive du chapitre.

Les audiences de ces juridictions se tenaient à l’auditoire dans le cloître.