Sous Henri II les grandes processions ne furent pas moins nombreuses que sous François Ier; on continua à les agrémenter de supplices d’hérétiques. Les terribles querelles religieuses prenaient chaque jour une gravité plus grande, le trouble était plus profond, les esprits montés trouvaient maintenant tout simple d’ajouter le bûcher au reposoir, et de faire, des carrefours où l’on brûlait les malheureux réformés, une station obligée des processions.
Une des cérémonies les plus belles, mais celle-là sans horrible complément, fut la grande procession d’actions de grâces ordonnée par le roi Henri II pour l’heureuse terminaison du siège de Metz et la retraite désastreuse de la grande armée de cent mille hommes amenée en Lorraine par Charles-Quint. Le 8 janvier 1553 Henri II avec toute la cour, les plus grands seigneurs, les ambassadeurs, portant cierges de cire blanche, les chevaliers de Saint-Michel en grand costume, nombre de cardinaux et de prélats, la reine et les princesses, allèrent prendre à la Sainte-Chapelle les croix de victoire et les reliques, et les suivirent processionnellement jusqu’à Notre-Dame où fut chanté un Te Deum.
On voit quelques fêtes de mariages aussi à Notre-Dame, en ces temps où les passions religieuses se font de plus en plus vives.
C’est d’abord en 1558, le 24 avril, le mariage de la jeune reine d’Ecosse Marie Stuart, qui allait sur ses seize ans, fleur de charme et de beauté à peine éclose, avec le petit dauphin François tout juste âgé de quinze ans. Marie Stuart avait été élevée à la cour de France où elle émerveillait tout le monde par sa beauté qui commençait à paraître, dit Brantôme, comme la lumière du soleil en plein midi, par ses grâces, par son savoir qu’elle prouvait en prononçant des discours latins devant la cour assemblée, par son goût pour la poésie et les lettres. A Notre-Dame la jeune reine salua son époux du titre de roi d’Ecosse, aux acclamations des seigneurs écossais présents à la cérémonie; le roi Dauphin et la reine Dauphine, pauvre couple promis à de tristes ou terribles destins, l’un qui devait si peu vivre, l’autre qui devait si longtemps souffrir, furent en outre qualifiés de roi et reine d’Angleterre et d’Irlande. Elisabeth devait s’en souvenir plus tard.
En 1572 eurent lieu les noces d’Henri de Navarre et de Marguerite de Valois, prologue de la tragédie, à la veille de la Saint-Barthélemy. La grande souricière à huguenots était tendue, Catherine de Médicis y avait mis sa fille comme appât. Tentative de conciliation ou piège longuement et savamment préparé, l’histoire ne sait trop et doute dans la complication des intrigues; peut-être l’affaire du mariage envisagée d’abord comme gage d’apaisement fut-elle ensuite considérée comme une occasion d’en finir avec les chefs protestants qu’elle mettait sous la main de la cour et du parti catholique.
Après les fiançailles au Louvre le 16 août, le mariage fut célébré le 18 à Notre-Dame. La différence de religion avait nécessité des dispositions particulières; on avait construit sous le grand portail de la cathédrale un vaste échafaud somptueusement paré de drap d’or, réuni à travers la nef par une longue galerie à balustrade également parée, à une tribune élevée devant le chœur d’où partaient deux degrés, l’un pour descendre dans le chœur, l’autre pour sortir de l’église par le transept sud et gagner l’Évêché.
Marguerite, la reine Margot, merveilleusement habillée, constellée de pierreries ayant couronne, garde-corps d’hermine, et grand manteau bleu à quatre aunes de queue portée par trois princesses, et le huguenot Henri de Navarre qui pour la circonstance avait quitté le deuil de sa mère morte depuis deux mois, furent mariés sous le porche de l’église par le cardinal de Bourbon, le futur Charles X de la Ligue; puis les deux époux pénétrèrent dans l’église et traversant toute la nef remplie de la plus noble assistance par la galerie préparée gagnèrent la tribune du transept. Ici l’on se sépara, la reine Marguerite descendit au chœur pour la messe, Henri de Navarre suivi de tous les Huguenots prirent l’autre degré et gagnèrent la cour de l’évêché où ils attendirent en se promenant que la messe fût dite.
SAINT-DENIS DU PAS ET LE PETIT CLOÎTRE DERRIÈRE L’ABSIDE DE NOTRE-DAME, XVIIe SIÈCLE
La messe terminée, le roi de Navarre, le prince de Condé, l’amiral Coligny et les seigneurs huguenots rentrèrent dans l’église. Henri de Navarre prit sa femme par la main pour la mener dîner à l’évêché. On soupa le soir des noces en grand appareil dans la grande salle du Palais, pour commencer la série des fêtes et divertissements qui devaient avoir un si terrible lendemain.