PASSAGE AU PIED DES TOURS NOTRE-DAME CONDUISANT A L’ARCHEVÊCHÉ ET AU PONT AU DOUBLE
XVIIe SIÈCLE
Le 10 mai 1774, le roi Louis XV étant mort de la petite vérole, on se dépêcha d’enfermer le corps dans deux cercueils et on le porta sans aucune cérémonie à Saint-Denis, «comme un fardeau dont on est pressé de se défaire», avec deux carrosses derrière, une vingtaine de pages et une cinquantaine de palefreniers non vêtus de noir, partant au grand trot de Versailles à huit heures du soir. Ce fut seulement le 7 septembre, après trois mois, que fut célébré, à Notre-Dame, le service solennel, la grande pompe funèbre, avec un cénotaphe monumental sous un portique à l’antique, et l’accompagnement obligé de groupes allégoriques, de vertus entourant l’urne royale, de trépieds funéraires, de bas-reliefs, d’écussons dans une flamboyante accumulation de girandoles et de lumières.
Une fille, Madame, duchesse d’Angoulême, étant née au jeune couple royal qui succédait sur le trône de France à Louis XV le très méprisé, tout Paris fut dans la joie. Paris et la France n’avaient alors pour Louis XVI et Marie-Antoinette que des sentiments d’affection profonde.
Pour marquer ces sentiments, le bureau de la ville fit allumer des feux de joie sur la Grève et, ce qui valait mieux, fit délivrer les malheureux, hommes ou femmes, détenus pour mois de nourrice non payés, en se chargeant du payement des mois suivants. L’élan était donné; des particuliers, pour marquer leur joie, imitèrent la ville, donnèrent des dots à des jeunes filles et marièrent des couples, à condition que le premier enfant qui en naîtrait s’appellerait Louis ou Antoinette.
LES STALLES DE NOTRE-DAME
Il y eut Te Deum à Notre-Dame, naturellement, le 26 décembre et nouveau feu de joie en Grève. La reine Marie-Antoinette vint à Notre-Dame, au commencement de février 1779, remercier Dieu de son heureuse délivrance. Les oiseleurs de Paris, suivant une ordonnance du grand maître des eaux et forêts, apportèrent sur le parvis quatre cents oiseaux qui furent lâchés dans la cathédrale lorsque la reine entra pour le Te Deum.
Ce jour-là aussi, furent mariées à Notre-Dame cent jeunes filles «pauvres et vertueuses», dotées par le roi de 500 livres chacune, plus 200 livres pour le trousseau et 12 livres pour la noce, et l’on célébra aussi, par ordre de la reine, les noces d’or d’un vieux couple. Commencements idylliques d’un règne destiné à une fin si tragique.
Les mariages avaient été célébrés le matin, les cent couples avec leurs parents déjeunèrent à l’Archevêché, puis, avant l’arrivée de la cour, vinrent se ranger dans la nef pour présenter à Leurs Majestés leurs témoignages d’amour et de reconnaissance. La reine s’engagea à payer les mois de nourrice des enfants qui naîtraient et à fournir des layettes aux mères qui nourriraient elles-mêmes.
En octobre 1781, nouvelles réjouissances pour la naissance du dauphin Louis-Joseph, qui mourut en 1789 au moment de l’ouverture des Etats généraux, Te Deum et illumination des tours Notre-Dame, représentations gratuites à l’Opéra et ailleurs, visite à Versailles de délégations des métiers et corporations en costumes de fête, portant leurs chefs-d’œuvre ou quelques cadeaux offerts au Roi, visite et compliments des dames de la Halle, avec discours et chansons. La joie générale se manifeste de toutes les manières, la mode s’en mêle, les femmes portent au cou des bijoux en forme de dauphin, et des dauphins en boucles de souliers, au centre de rubans où sont brodés les mots: «Vive le Roi, vive la Reine, vive monseigneur le Dauphin...»