La reine, le 21 janvier 1782, vint à Notre-Dame accompagnée des princesses, remercier Dieu de cette naissance. Une gravure du temps nous la montre prosternée avec les princesses dans la nef de la cathédrale, de chaque côté de laquelle une file de grenadiers suisses et de gardes françaises présente les armes, pendant que les tambours battent aux champs.
Le 25 mars 1785 naquit un second fils, Louis-Charles, duc de Normandie, dauphin à la mort de son frère en 1789, l’enfant du Temple voué à une si triste destinée,—tragique et courte s’il mourut vraiment au Temple, longue et misérable si, comme certains le croient, comme bien des choses permettent de le supposer, il fut enlevé mystérieusement de sa prison, pour traîner sa vie dans l’abandon et l’effroyable injustice.
Le 24 mai suivant, Marie-Antoinette vint à Notre-Dame rendre encore une fois grâces au ciel. Elle était dans un carrosse à huit chevaux, entouré de gardes du corps, le canon des Invalides tonnant pendant le trajet. Après le Te Deum à Notre-Dame et les prières à l’église Sainte-Geneviève, le cortège royal gagna les Tuileries. Le soir, la reine alla souper au Temple.
Le terrible orage qui doit bouleverser la France et l’Europe fait bientôt entendre ses premiers grondements, voici l’an 1789!
La Bastille vient de tomber aux premiers coups de tonnerre. Le lendemain de l’enlèvement de la vieille forteresse monarchique, aussitôt mise en démolition comme la monarchie elle-même va l’être, les cloches de Notre-Dame, qui, pendant des siècles, aux grandes journées de la monarchie, ont été la grande voix de Paris, sont mises en branle pour célébrer la victoire populaire, un Te Deum solennel est chanté en l’honneur des vainqueurs de la Bastille.
L’Assemblée a envoyé de Versailles à l’Hôtel de Ville une députation de 88 membres pour annoncer que le roi vient d’ordonner l’éloignement des troupes de la capitale. Cette députation amenée à Paris par les voitures de la cour, voyage au milieu d’une ovation perpétuelle. Lafayette et Bailly en font partie, leur vue soulève des tempêtes d’acclamations. A l’Hôtel de Ville, l’archevêque de Paris, Monseigneur de Juigné, croyant à la réconciliation du roi et de son peuple, propose de faire chanter un Te Deum à la cathédrale; aussitôt les 88 députés et le bureau de la ville se lèvent pour le suivre à Notre-Dame, mais auparavant, par acclamations, ils proclament M. de Lafayette commandant général de la milice parisienne, et M. Bailly, non pas prévôt des marchands à la place de Flesselles assassiné, mais créant un titre nouveau pour une situation nouvelle, maire de Paris.
Les événements vont aller vite maintenant. Dans la nuit du 4 août, l’Assemblée, les trois ordres réunis, a voté l’abolition des titres, des droits féodaux et de tous les privilèges. Privilèges de villes, chartes de provinces sont sacrifiés de même, dans un holocauste général sur la proposition de Mgr de Juigné et l’assemblée termine le sacrifice en votant un nouveau Te Deum à Notre-Dame, chanté dans la journée du 5.
Le 27 septembre 1789 est une des grandes journées de la cathédrale. Il s’agissait encore d’une naissance, de quelque chose comme un baptême, pour ainsi dire, non d’un enfant royal, mais d’une institution nouvelle qui devait faire bien parler d’elle pendant quatre-vingts ans. Ce jour eut lieu la bénédiction des drapeaux de la garde nationale de Paris, de l’armée citoyenne organisée par M. de Lafayette.
Soixante bataillons, un par district, de cinq compagnies à cent hommes chacune, dont une soldée, formée de gardes françaises et de soldats passés au service de la ville, une section de canonniers avec deux pièces d’artillerie par bataillon. Telle est l’organisation. Pour l’uniforme, c’est un habit bleu à revers et parements rouges, une veste et une culotte blanches; les grenadiers ont le bonnet à poil, les autres le chapeau à trois cornes.
Grand branlebas de tambours dès l’aube du 27 septembre dans tous les quartiers de Paris; les gardes nationaux pleins d’ardeur en ces premiers jours se réunissent compagnies par compagnies, se forment en bataillons à leurs districts respectifs, serrés autour de leurs étendards, déjà bénis dans les églises de quartier, et se mettent en marche, tambour battant, pour la place de Grève où M. Bailly et la municipalité, le marquis de Lafayette et son état-major les attendaient pour les conduire à Notre-Dame.