Après l’Empereur, l’Impératrice descendit à son tour du trône et s’avança vers l’autel suivie de ses dames d’honneur, de toute la constellation des beautés de la nouvelle cour. Les princesses Elisa, Caroline Murat, Louis Bonaparte et Julie, femme de Joseph Bonaparte, sœurs ou belles-sœurs de Napoléon, portaient la queue du manteau de Joséphine, ce qui, on le sait par les mémoires du temps, n’avait pas été sans causer de violents orages, les sœurs du héros trouvant humiliantes pour elles ces fonctions dans le triomphe de la nouvelle impératrice. Mais Napoléon avait brisé toutes les résistances et fait clairement voir à ses frères qu’il ne souffrirait pas à côté de lui d’opposition de famille, de prince Egalité autour de qui se rallieraient les mécontents. Joséphine rayonnait. Quel rêve fantastique pour la beauté du Directoire naguère aux expédients, hésitant huit ans auparavant à épouser ce petit général qui n’avait que la cape et l’épée, jeté à ses pieds par Barras.
MAISON DU CLOÎTRE.—RUE BASSE DES URSINS. 1896
La cape c’était le manteau impérial, l’épée c’était celle d’un nouveau Charlemagne. Joséphine lentement et processionnellement s’avança jusqu’à l’Empereur debout près de l’autel à côté du pape, et s’agenouilla devant lui, émue à ne pouvoir retenir ses larmes. L’Empereur, avec une lenteur et une grâce qui furent remarquées de toute l’assistance, posa lui-même la couronne sur la tête de l’Impératrice agenouillée.
DÉBRIS DE L’ÉGLISE DE LA MADELEINE.—RUE DE LA LICORNE. 1840
Puis Napoléon et Joséphine traversèrent toute l’église pour regagner le trône colossal appuyé au grand portail, et le pape à son tour s’avança vers ce trône pour donner sa bénédiction au couple impérial en psalmodiant: Vivat imperator in æternum.
Une immense clameur répondit au souverain pontife, un cri formidable de: Vivent l’empereur et l’impératrice! accompagné aussitôt par le gros bourdon de Notre-Dame, par toutes les cloches des églises, par le canon tonnant sur les places, en même temps qu’un Te Deum d’actions de grâces s’élançait vers le ciel.
La nuit était venue quand la cérémonie prit fin; elle avait duré cinq heures. Devant le cortège impérial sortant de Notre-Dame courait comme une traînée de feu par les rues qui s’illuminaient. Le carrosse impérial marchait au pas dans la flamme, au milieu de cinq cents torches... Merveilleuse et fulgurante vision, la France comme la garde impériale à Waterloo, allait entrer «dans la fournaise».
«Le dernier roi sacré à Reims, dit M. Edouard Drumont, dort là-bas, vers la rue d’Anjou, dans une fosse, remplie de chaux vive.»