LA STATUE DE SAINT CHRISTOPHE DANS LA NEF DE NOTRE-DAME

En 1871, un autre archevêque tomba sous les balles. Mgr Darboy ne goûta pas les amères joies du sacrifice volontaire, il était prisonnier de la Commune, son principal otage. Dans la nuit du 24 mai, une bande de fédérés conduits par le membre de la Commune Ferré vinrent à la Roquette, le tirèrent de son cachot au milieu des huées et des imprécations et le fusillèrent dans une des cours de la prison avec l’abbé Deguerry, curé de la Madeleine, trois autres prêtres et le président Bonjean.

Dans l’intervalle, en 1856, Mgr Sibour, successeur de Mgr Affre, avait aussi péri de mort violente, assassiné par un prêtre fou nommé Verger, dans l’église Saint-Etienne du Mont, pendant la neuvaine de Sainte-Geneviève.

La cathédrale moderne est malheureusement bien vide aujourd’hui, bien nue. Tous les monuments divers qui autrefois rappelaient quelques souvenirs grands ou petits ou marquaient quelque particularité ont disparu, détruits dans les tourmentes qui passèrent sur le monument, ou supprimés par les faux embellissements du XVIIIe siècle. Autrefois, à l’entrée de la nef, près du premier gros pilier de droite, se dressait une statue colossale de saint Christophe haute de près de dix mètres, comme il s’en trouvait jadis dans bien des églises, colosses abattus presque partout, mais que l’on rencontre encore par exemple à l’entrée de l’église abbatiale de Saint-Riquier dans la Somme. Le bon saint géant était représenté un bâton à la main, les jambes dans l’eau d’un torrent qu’il traverse en portant l’enfant Jésus à califourchon sur ses épaules.

L’ARCHEVÊCHÉ AU XVIIIe SIÈCLE

Ce saint Christophe était un vieux souvenir des révolutions parisiennes. En 1413, quand Armagnacs et Bourguignons s’entr’égorgeaient, essayaient de s’arracher la personne du Dauphin et la possession de Paris, la ville étant aux mains de la faction cabochienne, le prévôt de Paris, Pierre des Essarts, brouillé avec le parti de Bourgogne, avait été obligé de s’enfuir à Cherbourg; il s’en revint secrètement avec une troupe de chevaliers et put se glisser dans la Bastille Saint-Antoine, espérant être soutenu par le parti armagnac. Mais Paris s’émut de ce retour, les partisans de Bourgogne, conduits par Jacqueville, capitaine de Paris, les bouchers de Caboche exaspérés se portèrent en grand tumulte sur la Bastille. Assailli par d’innombrables bandes, Pierre des Essarts n’osa résister et capitula, Pierre des Essarts et son frère Antoine furent emprisonnés d’abord au Louvre, puis à la Conciergerie.

CAMPEMENT DES TROUPES A NOTRE-DAME EN MAI 1871