Comme ils allaient tous périr par le feu ou par les flèches, les Normands leur crièrent de se rendre, leur promettant la vie sauve. Aucun secours n’était possible, aucun espoir ne leur restait, les douze firent signe qu’ils se livraient, comptant seulement être mis à rançon. Mais à peine sur la rive au pouvoir des Normands, ceux-ci les massacrèrent; un seul allait être épargné, Hérivée, qui les avait frappés par sa haute mine et la beauté de ses armes; ils le prirent pour un chef considérable et pour celui-là parlèrent de rançon, mais Hérivée, dans la fureur qui l’animait, se jeta sur eux quoique désarmé et les força par ses injures à lui faire partager le sort de ses compagnons.

LE GRAND CHATELET, XVIIe SIÈCLE

Après ce terrible épisode le siège traîna en longueur. Sans doute l’inondation empêcha les Normands de prendre pied dans l’île et de profiter du désastre du Petit Pont. Un corps nombreux des assiégeants s’en alla ravager le pays entre Seine et Loire, les autres continuaient le siège ou plutôt le blocus que des sorties des Parisiens venaient souvent troubler. Une sortie du vaillant abbé de Saint-Germain Ebble, neveu de l’évêque Gozlin, s’attaqua au camp assiégeant de Saint-Germain l’Auxerrois, mais Ebble, après y avoir mis le feu, fut repoussé par les masses Normandes.

Enfin au mois de mars, après quatre mois de siège, un secours arriva aux Parisiens, le duc de Saxe Henri, envoyé par Charles le Gros avec un corps de troupes, tomba une nuit sur le camp normand en même temps que les Parisiens l’attaquaient de l’autre côté. Le but du duc de Saxe n’était que de ravitailler Paris; son convoi de vivres entré, il se retira. Les Normands attribuant cette belle résistance des assiégés à la présence parmi eux d’Eudes, comte de Paris, lui tendirent un piège. Feignant de vouloir entrer en pourparlers, leur chef Sigfried demanda une entrevue au comte; Eudes y consentit, mais à peine était-il en présence du chef sur le bord du fossé si vaillamment disputé, que des guerriers, se glissant par derrière, se jetèrent sur lui. Il put heureusement être dégagé par ses compagnons et rentrer dans ses lignes.

Dans cette ville bloquée, remplie de réfugiés entassés, en proie à la famine, des maladies se déclarèrent et sévirent durement; une épidémie emporta de nombreux défenseurs et entre autres le courageux évêque Gozlin. Pour comble, le terrain manquait pour recevoir les morts des petits combats journaliers livrés sous les murailles et ceux de l’épidémie. Dans cette extrémité les Parisiens envoyèrent le comte Eudes auprès de l’empereur Charles le Gros, pour le presser de secourir la ville prête à succomber. L’abbé de Saint-Germain Ebble, neveu de Gozlin, prit après le départ du comte de Paris la direction de la défense. Quelques troupeaux restaient encore aux Parisiens, paissant l’herbe au pied des murailles ou dans les petites îles en avant et en arrière de la cité; on les ménageait et on les gardait soigneusement, car les Normands risquaient souvent des attaques pour enlever ces suprêmes ressources aux assiégés. D’un autre côté, les Parisiens, voyant autour du camp ennemi paître les bestiaux ramenés par les maraudeurs normands, organisaient de petites sorties nocturnes pour essayer de faire quelques prises. Ainsi s’éternisait le siège.

Le comte Eudes revint au bout de quelque temps, perça les lignes des assiégeants et annonça l’arrivée prochaine d’une armée de secours envoyée par l’Empereur. Elle parut au mois de juillet conduite par le même duc de Saxe qui peu de mois auparavant avait déjà une première fois ravitaillé Paris. Mais les Normands l’attendaient, ils avaient couvert le front de leur camp de fosses profondes, recouvertes de branchages et de terre. L’attaque de l’armée impériale échoua devant ces retranchements; le duc Henri, tombé dans une de ces fosses, fut massacré et ses soldats purent à grand’peine reprendre son cadavre avant de battre en retraite à la vue des Parisiens consternés.

Cette retraite fut le signal d’un nouvel assaut donné par les Normands enflammés par leur victoire. Ils faillirent cette fois réussir et le péril fut si grand que, pour animer les défenseurs, les prêtres apportèrent les reliques de sainte Geneviève et de saint Germain sur les points les plus menacés, sous la grêle des flèches, dans la fumée des bûchers allumés par les assaillants au pied des tours, pour incendier leurs étages de bois. Les Normands avaient pris pied dans l’île, ils tenaient déjà quelques portions de rempart et une tour à la pointe du palais; toutes les cloches des églises en cet instant suprême sonnèrent le glas de la ville, mais enfin, cette fois encore, les assiégés pris de rage eurent le dessus, ils massacrèrent tout ce qui avait escaladé les brèches, renversèrent ou brisèrent les échelles et reconquirent la tour perdue. Une sortie désespérée du comte Eudes, profitant du désordre des assaillants, acheva de dégager les murailles.

Et le blocus reprit, et les Parisiens affamés se remirent à guetter du haut de leurs murs l’arrivée d’un secours. Le secours arriva enfin. Cette fois, c’était l’empereur Charles le Gros lui-même qui apparut à la tête d’une armée considérable sur les hauteurs de Montmartre. Les Normands, devant les forces supérieures de l’Empereur, évacuèrent leur camp de Saint-Germain l’Auxerrois et se retirèrent sur la rive gauche pour attendre le combat dans leur retranchement de Saint-Germain des Prés. Mais le petit-fils dégénéré de Charlemagne, au lieu de combattre, préféra encore une fois traiter. Il ouvrit des négociations avec les Normands, ceux-ci consentirent à lever le siège moyennant sept cent livres d’argent et le pillage du diocèse de Sens.

Les Parisiens après le départ de l’empereur refusèrent de reconnaître le traité qui leur imposait la rupture de leurs ponts pour livrer la route de la Bourgogne à la flotte ennemie; quand les Normands essayèrent de forcer le passage, le nouvel évêque Auschéric et l’abbé Ebble les repoussèrent victorieusement.