Après la catastrophe on se querella dans l’enquête faite par le Parlement pour rechercher ses causes. On prétendit que la faute en revenait au chapitre de Notre-Dame qui ne veillait point aux réparations nécessaires et s’opposait aux visites des maîtres des œuvres du roi.

L’événement avait fait environ cent cinquante victimes. «On remarqua, dit l’Estoile, que la plupart de ceux qui périrent en ce déluge étaient tous gens riches aisés, mais enrichis d’usures et pillages de la Saint-Barthélemy et de la Ligue.»

Quelque temps après la terrible fin du pont aux Meuniers, Charles Marchand, capitaine des archers de la ville, obtint des lettres patentes l’autorisant à bâtir à ses frais un nouveau pont à l’alignement de la voûte de passage du Grand-Châtelet, en tirant droit sur la tour de l’Horloge.

LA FOURCHE DU PONT AU CHANGE. XVIIIe SIÈCLE

Le capitaine Marchand, malgré ses lettres patentes, eut à compter avec les difficultés créées par le maître de la voirie et avec l’opposition du chapitre de Notre-Dame, propriétaire de l’ancien pont; mais tout finit par s’arranger et les travaux purent commencer en août 1599. Le roi avait exempté de tous droits les matériaux nécessaires à la construction et même fourni dans l’Arsenal un emplacement pour emmagasiner ces matériaux.

Le pont Marchand en 1609 était achevé, il formait une rue large de six mètres que bordaient deux rangées de trente maisons à deux étages, réunies entre elles au-dessus de la rue par des tirants allant de chaque pignon à celui qui lui faisait face. Les maisons étaient uniformes, elles étaient désignées chacune par une enseigne particulière, un oiseau peint sur la façade: le merle blanc, le coucou, le rossignolet, le coq hardi, le coq héron, le grand duc, le pélican blanc, la chouette, etc., ce qui fit donner couramment au pont le nom de pont aux Oiseaux, au grand déplaisir du capitaine Marchand, autorisé par les lettres royales à baptiser l’œuvre de son nom, ce qu’il n’avait pas manqué de faire au moyen d’un distique latin gravé à chaque extrémité sur une plaque de marbre.

Le pauvre pont Marchand, ou aux Oiseaux, eut un destin bien court, il périt non par l’eau cette fois, mais par le feu, douze années à peine après son achèvement, et avec lui succomba son voisin le pont aux Changeurs. Dans la nuit du 22 au 23 octobre 1621, le feu prit aux maisons du pont Marchand «dans le cellier d’un nommé Goslard, écrivain», et se propagea rapidement d’un bout à l’autre, en moins d’une heure. Les flammes bientôt franchirent l’étroit espace qui séparait les deux ponts et le pont au Change à son tour commença à brûler.

Ce fut aussitôt un tumulte effroyable, dans cette étroite rue du Pont attaquée par les flammes, les meubles pleuvaient par toutes les fenêtres, les habitants éperdus essayaient de sauver leur mobilier et leurs marchandises, qu’ils couraient empiler dans l’église Saint-Barthélemy toute proche sous le Palais. La tour de l’Horloge entourée par des flammes sonnait sans discontinuer le tocsin, le Palais à peine sorti de l’incendie de 1618 se trouvait en danger, mais il n’y eut heureusement de dégât qu’à la tour de l’Horloge dont le comble fut brûlé. En quelques heures tout fut terminé, il ne resta plus des deux ponts que des lignes de pieux à demi consumés en travers de la rivière.