LE PONT-NEUF AU XVIIe SIÈCLE
CHAPITRE XV
LE PONT-NEUF

Henri III pose la première pierre du pont des Pleurs.—La passerelle provisoire et sa colonie de voleurs.—Les îles de Bussy et de la Gourlaine soudées à la Cité.—Les mascarons de Germain Pilon et autres.—Le duel Fontaine et Villemot.—Le tribunal des voleurs.—Les tirelaines par plaisir.—Une partie de volerie.—Aventures, pérégrinations et naufrages du cheval de bronze.—La Samaritaine.—Échoppes et marchands.—Charlatans et bateleurs.—Mondor et Tabarin.—L’Orviétan.—Gilles le Niais, l’arracheur de dents Carmeline.—Brioché au château Gaillard.—Le cadavre de Concini.—Libelles et chansons.—La Fronde au Pont-Neuf.—Revues des troupes de la Fronde.—Les Mazarinades.—Rixes et bagarres.

UN MASCARON DU PONT-NEUF

Incontestablement, la fonction des ponts devrait être à la fois de fournir un passage sur les rivières et de servir à la décoration des villes. A certaines époques et dans certains pays on eut le sentiment de cette double fonction, de là ces ponts décoratifs qui existent encore, de plus en plus rares il est vrai. Aujourd’hui on ne paraît guère songer au parti pris décoratif, au superbe motif que les ponts peuvent offrir à l’art architectural. Un pont est une œuvre d’ingénieur, et voilà tout. Pourvu que l’on puisse passer dessus avec sécurité, il semble qu’on n’ait rien à exiger de plus.

LES CHARRETTES DES CONDAMNÉS SUR LE PONT AU CHANGE, 1793
Imp. Draeger & Lesieur, Paris

Le Pont-Neuf est le roi des ponts de Paris. Il est le seul pont vraiment monumental et décoratif que nous possédions aujourd’hui, le pont Marie ayant le second rang. Ce pont de la Renaissance a l’air de fermer le Paris du moyen âge enclos dans l’île et dans les quartiers à l’est. En dehors, c’est le XVIIe siècle qui commence, le Paris de Louis XIII et de Louis XIV qui gagne et s’étale dans les anciennes prairies dévorées par la gloutonne Lutèce, arpent après arpent.

Le Pont-Neuf est toujours beau, mais combien il le fut davantage au siècle de sa jeunesse, quand il s’accompagnait à l’arrière-plan de tant de monuments disparus, et se raccordait en avant avec les restes de l’ancien Louvre et de l’hôtel de Bourbon, sur la rive droite, avec le vieux décor gothique du rempart et de la tour de Nesle, sur la rive gauche.