Depuis 1614, la statue équestre du roi Henri s’élevait sur le môle ou terre-plein du Pont-Neuf. Cette statue fameuse n’avait pas été érigée là sans peine, bien des aventures lui étaient arrivées avant son érection, et ces aventures peut-être exagérées, ont donné lieu à plusieurs versions. D’après la version la plus accréditée, rapportée par tous les anciens historiens de Paris, la monture de Henri IV, le cheval de bronze, serait une monture d’occasion ayant été exécutée à Florence par le sculpteur Jean de Bologne, pour porter la statue de Ferdinand, grand-duc de Toscane.

A la mort de Ferdinand, le cheval seul étant terminé fut offert ou vendu à la régente Marie de Médicis pour la statue qu’elle avait l’intention d’ériger au feu roi. On embarqua donc le cheval de bronze à Livourne, sur un bâtiment qui traversa la Méditerranée, prit le détroit de Gibraltar, et put arriver après une navigation mouvementée jusqu’en vue de la Normandie. Là le bâtiment fut jeté à la côte par la tempête.

Le cheval de bronze était au fond de la mer. Il y resta un an; enfin on put après beaucoup de peines et d’efforts le retirer et le faire porter par un autre navire jusqu’au Havre-de-Grâce. En mai 1614, nouveau transbordement sur un bateau qui remonta la Seine et l’apporta jusqu’au piédestal où il fut érigé tout seul en attendant le cavalier.

La monture resta ainsi pendant plusieurs années, dit-on, ce qui expliquerait l’habitude conservée après l’achèvement du monument, de l’appeler toujours le cheval de bronze.

D’après la seconde version, le cheval et le cavalier auraient été exécutés en même temps à Florence par Jean de Bologne et son élève Pierre Tocca, et la statue complète embarquée à Livourne. L’histoire du naufrage serait authentique, l’événement eut lieu non point en vue des falaises normandes, mais en Méditerranée sur les côtes de Sardaigne.

LA STATUE DE HENRI IV AU XVIIe SIÈCLE

Cheval et cavalier avaient donc séjourné au fond de la mer, tous deux furent érigés en grande cérémonie en 1614, sur le piédestal non encore achevé, et qui attendit longtemps encore les quatre esclaves enchaînés, destinés à être placés aux quatre angles. Le monument ne fut bien complet qu’au milieu du siècle quand on eut entouré la statue d’une grille. Si cette grille protectrice avait isolé le piédestal dès le commencement, l’aventure de Rochefort et Rieux n’eût pas été possible.

Un autre monument aux abords du Pont-Neuf vint dès ses premiers ans ajouter un trait à sa physionomie déjà si pittoresque. C’est la Samaritaine qui vécut deux siècles et dont le souvenir survit encore dans un établissement de bains, surmonté d’un palmier de zinc bien peu décoratif.

En 1603, un mécanicien flamand, nommé Lintlaër, proposa au roi l’établissement d’une machine destinée à fournir d’eau potable le Louvre et les Tuileries, trop souvent réduits à la portion congrue; il s’agissait de construire sur pilotis un grand moulin en avant du Pont-Neuf presque en travers de la deuxième arche de la rive droite; malgré l’opposition du prévôt des marchands basée sur la gêne ainsi apportée à la navigation, la pompe fut construite en quelques années.