C’était primitivement comme une grande maison à pans de bois, portée sur d’énormes poutres sous lesquelles tournaient deux immenses roues de moulin; l’édifice avait deux étages, plus un grand toit aigu à deux rangs de lucarnes. La face tournée vers le Pont-Neuf fut décorée des figures en bronze doré de Jésus-Christ et de la Samaritaine, près de la vasque d’une fontaine où coulait une nappe d’eau sortant de la bouche d’un mascaron. Au-dessus s’élevait une tourelle avec une horloge astronomique indiquant le cours des astres et les signes du zodiaque, avec un petit clocheteur sonnant les heures et un carillon qui jouait différents airs à la grande joie des Parisiens.
La Samaritaine jouit tout de suite d’une grand popularité et son Jacquemart, que l’on venait entendre sur le pont, devint un personnage à qui tous les faiseurs de libelles et de pasquils firent endosser épigrammes, couplets satiriques et pamphlets.
La Samaritaine dans le cours de son existence subit quelques restaurations ou reconstructions, on la restaura sous Louis XIV avec plus de prétention à la magnificence; elle y perdit du pittoresque, le toit était remplacé par une terrasse, le Jacquemart était supprimé, le groupe de la Samaritaine se trouvait plus luxueusement arrangé. A côté de la tourelle au carillon, on voyait un cadran anémonique surmonté d’une Renommée tournante.
Vers 1714, la Samaritaine subit une reconstruction totale, jusqu’aux pilotis mêmes qu’il fallut en partie renouveler; le bâtiment eut trois étages, avec, au milieu de la façade donnant sur le pont, un avant-corps cintré abritant le fameux groupe. M. Edouard Fournier nous apprend que le célèbre canon du palais royal faillit être placé sur la terrasse de la Samaritaine en 1777 pour accompagner le carillon à midi sonnant.
Les derniers jours de la Samaritaine, après deux siècles de gloire, furent tristes. Quand vint la révolution, elle était déjà fort délabrée, son carillon se tut, il fut même un instant question de l’envoyer à la fonte comme les statues du Christ et de la Samaritaine qui disparurent alors.
L’édifice échappa encore provisoirement à la démolition parce que l’on y plaça un poste de garde nationale. En 1813, sa perte fut consommée, le bâtiment si fameux qui pendant deux siècles avait, n’en déplaise à Mercier qui le qualifie de petit vilain bâtiment carré, fait l’ornement de ce point de Paris et donné par son carillon chantant un supplément de gaîté à cet endroit remuant et bourdonnant, fut impitoyablement démoli.
N’oublions pas une des particularités de son histoire, cette pompe pittoresque était officiellement intitulée château de la Samaritaine, et comme château elle avait un gouverneur nommé par le roi, le plus souvent un gentilhomme, un écrivain ou un artiste, qui ajoutait au bénéfice de sa sinécure un logement admirablement placé qu’il pouvait occuper ou louer.
LA SAMARITAINE SOUS LOUIS XIV
Dès les commencements du Pont-Neuf, des petites boutiques et des marchands ambulants s’étaient installés tout le long des parapets, moyennant un petit droit qui revenait aux valets de chambre du roi. Les estampes du temps nous y montrent libraires, bouquinistes et marchands de gravures dont le commerce au temps de la Fronde est des plus prospères.