On imagine la terreur des malades sautant comme ils pouvaient hors des lits, se traînant demi-nus par les salles, cherchant partout des issues. Les secours s’organisèrent, mais il fallait combattre le feu sur trop de points à la fois, toute la partie comprise entre le pont Saint-Charles et le petit Pont ne formant plus qu’un immense brasier.
SOUS LES CAGNARDS (D’APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE DE L’HÔTEL CARNAVALET)
De nombreux malades avaient été poussés et bloqués par les flammes au fond des salles, et s’entassaient dans la petite chapelle Sainte-Agnès donnant sur le marché Palu près du petit Pont; on les entendait crier au secours et supplier les gens du dehors d’enfoncer les portes de cette chapelle; on put leur ouvrir à temps un passage à coups de hache et sauver ceux-là, mais il en était resté d’autres cernés dans les parties sans issues, dans la salle du Légat contiguë à la chapelle et ailleurs.
L’incendie poursuivit ses ravages pendant onze jours. Le pignon seul de la salle du Légat resté debout au milieu des flammes, considérablement déversé et menaçant de s’abattre sur les travailleurs, put être repoussé et démoli sur l’intérieur de la salle; le travail en fut facilité, cependant on ne parvint que le 9 janvier à étouffer le dernier foyer de l’incendie continuant à couver dans les étages inférieurs parmi les débris.
Dès le premier janvier, pendant que les travailleurs luttaient pour arrêter l’incendie à la salle Saint-Thomas, d’autres commençaient le déblaiement de cette partie des bâtiments incendiés. Partout en s’avançant ils trouvaient dans les décombres des restes humains calcinés. On ne sut jamais combien de malheureux avaient péri.
Comme la première fois, les malades qui avaient pu s’échapper s’étaient réfugiés dans la cathédrale. Quand l’archevêque vint les visiter, on les compta; ils étaient au nombre de quatre cent cinquante.
Le désastre était immense, toute la partie de l’hôpital qui avait échappé à l’incendie de 1737 était détruite, le reste n’avait été sauvé qu’en coupant les bâtiments au carré Saint-Denis, à la hauteur du pont Saint-Charles. La perte matérielle fut évaluée à plus d’un million de livres. Une souscription nationale produisit le double.
Pendant quelque temps les débris de l’étage inférieur de la salle du Légat et de la chapelle voisine demeurèrent debout sur la rue du marché Palu, en avant des bâtiments reconstruits.
Encore une fois il avait été question du déplacement de l’Hôtel-Dieu: au lieu de le rebâtir, on voulait profiter de cette demi-destruction pour le porter sur un emplacement meilleur, ou le remplacer par quatre hôpitaux disséminés dans les faubourgs, mais encore une fois ces projets furent abandonnés et l’Hôtel-Dieu resta où il était, réédifié avec de nouveaux bâtiments fort laids à la place des salles détruites.