Les adversaires de ces projets prétendaient qu’en transportant l’hôpital loin du centre de la ville, il était à craindre que les blessés et les malades ne mourussent pendant le trajet. On trouvait meilleur d’entasser ces malheureux toujours sur le même point où depuis longtemps la place manquait, et, dans cet encombrement, de continuer à les mettre cinq ou six dans le même lit, sauf à débarrasser les survivants chaque matin des compagnons de lit morts pendant la nuit!

La vieille entrée gothique de l’Hôtel-Dieu se trouvait sur la place du Parvis au pied de la tour méridionale du grand portail de Notre-Dame.

C’était un bâtiment carré surmonté d’un petit clocheton et précédé d’un perron abrité sous un joli petit porche. Le bâtiment formait une sorte de grand vestibule donnant sur la salle Saint-Thomas. A sa gauche une petite chapelle carrée également, éclairée par de belles fenêtres à grandes ogives, formait l’angle en retour sur les bâtiments construits à la place des anciennes maisons dites du Chantier et de la Crèche, jadis hôpital, puis dépôt des enfants trouvés, séparés de l’archevêché par le couloir donnant sur le passage du pont au Double.

Après l’incendie des salles du moyen âge, ce qui restait de la vieille entrée disparut et au commencement du siècle s’éleva une façon de portique grec dont la première pierre fut posée le 1er vendémiaire an XII. La Révolution avait débaptisé la vieille Maison-Dieu par arrêté du duodi de la troisième décade de brumaire an II. La Commune l’avait appelée Maison de l’Humanité, décidant aussi que les noms de ci-devant saints donnés aux salles seraient changés. L’archevêché pendant la Révolution fut en partie une annexe de l’Hôtel-Dieu, réservée aux malades des différentes prisons parisiennes, toutes si considérablement bondées.

ÉGLISE SAINT-JULIEN LE PAUVRE

Sous le péristyle du nouveau pavillon d’entrée furent placées les statues de saint Vincent de Paul et de M. de Montyon; sur les murs des inscriptions diverses rappelèrent les diverses donations et fondations des rois. On avait aussi gravé sur ces murailles l’ode que le malheureux poète Gilbert, mourant à l’Hôtel-Dieu à vingt-deux ans, composa sur son lit de mort:

Au banquet de la vie infortuné convive,
J’apparus un jour..... et je meurs!.....
Je meurs et sur la tombe où lentement j’arrive
Nul ne viendra verser des pleurs!

Pour les enfants trouvés on sait qu’il était d’usage de les abandonner ou de les exposer sous le porche de la petite église de Saint-Jean le Rond sise au pied de la tour de gauche de la cathédrale. Ils étaient recueillis par le chapitre de Notre-Dame dans la maison de la Crèche ou de la Couche, dont l’emplacement varia plus d’une fois. Le chapitre trouvait la charge lourde, et les aumônes, malgré des appels répétés, n’affluaient pas suffisamment pour l’aider. Ce fut l’occasion de discussions nombreuses alors entre les chanoines, les paroisses de Paris et les seigneurs hauts justiciers du territoire de Paris, c’est-à-dire les grandes Abbayes.

En raison du nombre des pauvres êtres abandonnés, il fallut les entasser dans deux maisons construites vers le port Saint-Landry. Sort lamentable que celui de ces malheureux enfants! La place et les soins manquaient. Ils mouraient à peu près de faim et le sort des survivants n’était pas beaucoup plus enviable, les femmes chargées de les élever les vendaient à des bateleurs ou à des mendiants de profession.