SAINT-DENIS DE LA CHARTRE
On peut se figurer la magnificence monumentale de la Cité en ses beaux jours quand on songe que toutes ces petites églises se trouvaient serrées entre les vastes ensembles formés au levant par Notre-Dame, avec son cloître, et le palais de l’archevêché et les bâtiments de l’Hôtel-Dieu, et au couchant par l’immense agglomération du Palais, sans compter toutes les attaches de la Cité aux deux rives, attaches non moins monumentales, les ponts à maisons, les deux Châtelets et le Pont-Neuf.
La petite église Sain-Jean le Rond, défigurée par un portail classique, fut démolie en 1748 et son chapitre transféré à l’église Saint-Denis du Pas. Celle-ci s’appuyait au chevet de la cathédrale et formait un des côtés du petit cloître; c’était un simple oratoire avec un petit clocheton dominé par les pinacles des grands arcs-boutants voisins; il s’y fit quelques sacres d’évêques au XVIIe siècle. Devenu paroisse après la destruction de Saint-Jean le Rond, Saint-Denis du Pas, après avoir été à la Révolution annexé à l’Archevêché, puis comme celui-ci à l’Hôtel-Dieu, fut démoli en 1813.
Saint-Landry succédait sur le même emplacement, entre l’hôtel des Ursins et le port Saint-Landry, à une plus ancienne chapelle qui avait abrité les reliques de saint Landry pendant le siège des Normands. On y voyait les tombeaux du sculpteur Girardon et celui du conseiller Pierre Broussel, son paroissien qui habitait la rue du Port-Saint-Landry ou d’Enfer. Vendu à la Révolution, Saint-Landry servit pendant une trentaine d’années d’atelier de teinturerie et de menuiserie, puis la pioche le fit disparaître.
Saint-Denis de la Chartre près du pont Notre-Dame avait pour origine un oratoire des plus anciens, établi dès les temps mérovingiens peut-être, tout proche de la prison où saint Denis avait été incarcéré avant son martyre. Chapelle, prieuré, couvent de chanoines, Saint-Denis de la Chartre subit de grandes vicissitudes: aux XIIe et XIIIe siècles, deux communautés de chanoines établies côte à côte sur ce point se disputèrent le titre de Saint-Denis de la Chartre et le souvenir du martyr.
Sur le flanc méridional de l’église existait la chapelle Saint-Symphorien, qui prit le titre de Saint-Luc en 1704, en devenant la chapelle de la Communauté des peintres et sculpteurs. C’était, croit-on, cette chapelle Saint-Symphorien qui était l’oratoire bâti originairement sur l’emplacement de la prison dite de Glaucin, au temps de la Lutèce gallo-romaine, et dont peut-être subsistèrent jusqu’au moyen âge des débris appelés Tour Roland ou Tour Marquefas, sous les maisons de la rue de la Pelleterie.
Cependant une crypte à Saint-Denis de la Chartre passait pour la prison où saint Denis fut jeté lorsqu’il prêchait le christianisme avec ses deux compagnons Eleuthère et Rustique. Dans cette chapelle souterraine on avait réuni différents objets pour donner raison à la tradition; on y voyait des chaînes de fer, une grosse pierre, espèce de carcan, ayant été attachée au cou de saint Denis, un débris d’autel antique sur lequel, disait-on, saint Denis, sorti victorieux et intact des plus affreux supplices, avait dit la messe et sur lequel Jésus-Christ lui-même était venu lui donner la communion, la veille du jour où Denis, conduit à Montmartre, devait subir la décapitation et revenir ensuite jusqu’à Paris portant sa tête entre les mains.
Lorsque la reconstruction du pont Notre-Dame au XVIe siècle fit relever le sol de la rue de la Lanterne, Saint-Denis de la Chartre se trouva en contre-bas d’un certain nombre de marches et ne fit plus très brillante figure, ainsi enterré. Sur la grande verrière au-dessus du portail se détachait au milieu de plusieurs figures en ronde bosse, une statue de saint Denis portant sa tête; l’intérieur, à la suite d’une restauration opérée en 1665 et que l’on devait à la reine Anne d’Autriche, possédait au maître-autel une grande décoration sculptée et peinte de Michel Auguier représentant, en personnages de grandeur naturelle, la communion de saint Denis.
SAINTE-GENEVIÈVE DES ARDENTS