C’est la Morgue, ainsi placée comme frontispice au Paris historique, comme premier plan pour les splendeurs architecturales de l’abside de Notre-Dame.
La Morgue primitive, l’endroit sinistre où, selon l’ancienne signification du mot Morgue, regarder au visage, étaient exposés pour qu’on les vint reconnaître, les cadavres ramassés sur la voie publique, était jadis cachée dans la Basse geôle du Grand Châtelet, petite salle donnant sur une des cours intérieures de cet édifice. Jusqu’en 1804, la morgue, dont on ignore les commencements, resta à la Basse geôle. Comme le Châtelet allait disparaître on éleva sur le quai du Marché-Neuf, près du pont Saint-Michel, un bâtiment destiné à recevoir tous les cadavres trouvés dans le fleuve ou par les rues.
Cette morgue eut des journées bien chargées dans les temps d’émeute ou de révolution de notre siècle, comme en juillet 1830 où le trop-plein des cadavres était évacué par bateaux vers les lieux de sépulture. Elle dura jusqu’en 1862.
Alors s’opérait le grand travail de transformation de la Cité. La morgue du pont Saint-Michel était déjà assez visible, ce service que l’on peut considérer comme une des plus hideuses verrues de la grande ville, comme une de ces tristes nécessités qui se doivent soigneusement dissimuler, on le transporta pourtant au point le plus admirable de la Cité, en façon de pendant à la statue d’Henri IV de l’autre côté, comme pour en faire un ornement de plus à la cathédrale qui semble faire jaillir de ce lugubre soubassement les superbes arcs-boutants de son abside.
Emplacement merveilleux, par la splendeur du grandiose paysage de pierres auréolées de toutes les poésies du passé, situation superbe, d’où elle partira un jour prochain, il faut l’espérer, et où, pour couronner dignement la poupe de la vieille nef parisienne, devrait bien s’élever quelque monument à la gloire du vieux Paris de l’histoire.
L’ILE LOUVIERS, XIIIe SIÈCLE
TABLE DES CHAPITRES
| [Chapitre premier.—LE VAISSEAU DE LUTÈCE] | |
|---|---|
| Écrasement de l’antique Cité.—Ce que représente l’étroit espace entre Notre-Dame et lepalais.—L’établissement des Francs.—Le palais gallo-romain devient le palais deschefs mérovingiens.—Clotilde et les fils de Clodomir.—Frédégonde à Paris.—Les deuxponts de la Cité.—Le départ de Rigonthe.—Le comte Leudaste.—Saint Eloi.—Lesincendies de la cité | [1] |
| [Chapitre II.—LES NORMANDS] | |
| La décadence carlovingienne.—Apparition des Normands.—Serpents et dragons de mer.—Legrand siège.—L’évêque Gozlin et le comte Eudes.—Les brûlots.—Assauts repoussésau Grand Pont.—Le blocus.—Le camp de Saint-Germain l’Auxerrois.—La crue dela Seine.—La tour du Petit Pont et ses douze défenseurs.—La flotte normande traînée àterre pour éviter le passage de Paris.—L’empereur Othon.—Le palais du roi Robert | [17] |
| [Chapitre III.—LE PALAIS] | |
| L’enceinte du palais, le verger royal.—La chapelle Saint-Michel.—Le logis du roi.—Lestours d’Argent, de César et Bon-Bec.—Intérieur de la Conciergerie.—Le grand guichet.—Lebâtiment des cuisines.—Saint Louis.—Construction de la Sainte Chapelle.—Lesreliques de l’empereur Baudouin.—La perte du Saint Clou.—L’oratoire de Louis XI etl’escalier de Louis XII.—La grande salle et ses particularités.—La Chambre dorée, latour de l’horloge.—Fêtes d’inauguration de la grande salle.—Enguerrand de Marigny | [34] |
| [Chapitre IV.—LA COMMUNE DE 1358] | |
| Après la défaite de Poitiers.—Désastres et misères.—Les États généraux.—La chandellede 4455 toises.—Etienne Marcel.—Envahissement du palais et meurtre des maréchauxde Champagne et de Normandie.—L’évasion du Dauphin par le Grand Pont.—Préparatifset armements de Marcel.—Alliance avec les Jacques.—Les trames du roi de Navarre.—Situationdésespérée de Marcel.—Il va livrer la ville à Charles le Mauvais.—La mortdu Prévôt | [63] |
| [Chapitre V.—LE PALAIS AU PARLEMENT] | |
| Le roi Charles V quitte le Palais pour l’hôtel Saint-Paul.—La visite de l’empereur d’Allemagne.—Grandesfêtes, festins et divertissements.—Les troubles de la minorité deCharles VI.—Les Maillotins.—Isabeau de Bavière.—Le festin de la Grande salle troublépar l’envahissement du populaire.—L’occupation anglaise.—Réorganisation du Parlementpar Charles VII.—Le palais sous Louis XI et Louis XII.—Construction de laChambre des Comptes | [76] |
| [Chapitre VI.—LE PALAIS AU XVIe SIÈCLE] | |
| Le Palais sous François Ier.—Semblançay.—Le procès du connétable de Bourbon.—Lecartel de l’empereur.—Charles-Quint au Palais.—La Réforme.—Processions et supplices.—Latour de Montgommery.—La très sainte Ligue.—Assassinat du présidentBrisson.—Jean Chastel et Ravaillac.—Le palais envahi par le duc d’Epernon.—Premierincendie du Palais | [103] |
| [Chapitre VII.—LA BASOCHE DU PALAIS] | |
| Droits et privilèges du royaume de la Basoche.—Montres générales de la Basoche au Préaux Clercs.—Expédition des basochiens en Guyenne sous Henri II.—La plantation dumai.—Les jeux dramatiques sur la Table de Marbre.—La basoche du Châtelet.—Leplaidoyer de la Cause grasse.—Le haut et souverain empire de Galilée.—Les échoppesautour du Palais et dans le Palais.—Boutiques et marchands.—Les libraires de laGrande salle.—Le perron de la Sainte-Chapelle.—La galerie marchande.—Procureurset clercs.—La vieille magistrature | [130] |
| [Chapitre VIII.—LE PARLEMENT DE LA FRONDE] | |
| Malaise intérieur général.—Premières protestations du parlement.—Mazarin et la Cour.—L’enlèvementde Broussel, les barricades.—M. le Coadjuteur.—Marche du parlementà travers l’émeute.—La guerre de la Fronde.—Princes et ducs.—La cavalerie desportes cochères et le régiment de Corinthe.—Jeune Fronde et vieille Fronde.—Le Palaischamp de bataille.—Le combat du faubourg Saint-Antoine.—Émeute de la paille.—Massacrede magistrats et conseillers à l’hôtel de ville.—Louis XIV.—Docilité du Parlement.—Lesdifficultés de la Régence.—Incendie de la cour des Comptes.—Oragesparlementaires du XVIIIe siècle | [148] |
| [Chapitre IX.—LA RÉVOLUTION] | |
| Le dernier jour du Parlement.—Le Palais sous la Terreur.—Massacres de septembre.—LaConciergerie encombrée.—La rue de Paris.—Le tribunal révolutionnaire dans lasalle de la Liberté, ancienne Grande Chambre, et dans la salle de l’Egalité, ancienne Tournelle.—Fouquier-Tinvilleet ses jurés.—Les grands procès.—Charlotte Corday, Danton,Marie-Antoinette, les Girondins.—Le cachot de la reine.—La prison des Girondins.—Finde Robespierre.—Transformations après la Révolution.—Les conspirateurs sousl’Empire.—Les prisonniers de la Restauration.—Le palais incendié | [180] |
| [Chapitre X.—LES GRANDS JOURS DE NOTRE-DAME] | |
| L’amende honorable du comte de Toulouse.—Saint Louis au départ pour la Croisade.—LesEtats généraux de 1304.—Les Templiers.—La statue de Philippe le Bel ou de PhilippeIV.—Isabeau et les Anglais.—Couronnement de Henri IV d’Angleterre.—Reprisede Paris.—Les vainqueurs à Notre-Dame.—Le XVIe siècle.—Reposoirs et bûchers.—Lemariage du roi de Navarre.—La Ligue.—Les Suisses au Marché-Neuf.—La grandeprocession de la Ligue.—Le siège.—Notre-Dame caserne des troupes des Seize.—Prisede Paris.—Henri IV à Notre-Dame | [197] |
| [Chapitre XI.—LES GRANDS JOURS DE NOTRE-DAME (Suite)] | |
| Les cérémonies sous Louis XIII.—Bagarres dans l’église.—Parlement et Chambre desComptes.—Le vœu de Louis XIII.—Dévastation du chœur sous Louis XIV.—L’ancienchœur, le jubé et la clôture historiée.—Les étendards ennemis.—Pompes joyeuses etcérémonies funèbres.—Marie-Antoinette.—Bénédiction des drapeaux de la Garde Nationale.—Ladernière amende honorable au Parvis.—Suite des dévastations.—Le trésor.—Ladéesse Raison | [231] |
| [Chapitre XII.—LES GRANDS JOURS DE NOTRE-DAME (Suite)] | |
| Splendeurs impériales.—Le Concordat, les fêtes du Sacre.—Le Pape à Notre-Dame.—Austerlitz.—Lesderniers drapeaux à Notre-Dame.—Baptême du roi de Rome.—Leretour des lis.—1830.—Le sac de l’Archevêché.—Baptêmes princiers, le duc de Bordeaux,le comte de Paris et le Prince impérial.—Notre-Dame échappe aux incendies dela Commune.—La cathédrale moderne.—Le saint Christophe de la nef.—Les quelquesmonuments échappés aux dévastations | [259] |
| [Chapitre XIII.—LES PONTS DE LA CITÉ] | |
| Pont aux Changeurs.—La Hanse des marchands.—Les maisons et moulins des ponts.—Inondationset débâcles de glaces, écroulements et incendies.—Le pont aux Meuniers.—Incendiedes ponts au Change et Marchand.—Le quai de Gèvres.—Le Petit-Pont et lePetit-Châtelet.—La planche Mibray et le pont Notre-Dame.—Passage de princes et princesses.—Lapompe Notre-Dame.—Le pont Saint-Michel.—Les dernières maisons desponts en 1809.—Les ponts de l’Hôtel-Dieu | [277] |
| [Chapitre XIV.—LES ILES SAINT-LOUIS ET LOUVIERS] | |
| Le chien d’Aubry de Montdidier.—Herbages et cabarets de l’île Notre-Dame.—La tourLoriaux et son fossé.—L’île Tranchée et l’île aux Vaches.—L’entreprise Marie.—Déboireset procès.—Le quartier de l’Ile.—Le pont de la Tournelle.—La tour des Galériens.—Lepont Marie.—Ecroulement de deux arches.—L’accident du pont Rouge.—Le quai desBalcons.—Les hôtels Bretonvilliers, Lambert, Pimodan, etc.—Les chantiers de bois del’île Louviers | [305] |
| [Chapitre XV.—LE PONT-NEUF] | |
| Henri III pose la première pierre du pont des Pleurs.—La passerelle provisoire et sa coloniede voleurs.—Les îles de Bussy et de la Gourdaine soudées à la Cité.—Les mascaronsde Germain Pilon et autres.—Le duel Fontaine et Villemot.—Le tribunal des voleurs.—Lestirelaines par plaisir.—Une partie de volerie.—Aventures, pérégrinations et naufragesdu cheval de bronze.—La Samaritaine.—Échoppes et marchands.—Charlatans etbateleurs.—Mondor et Tabarin.—L’Orviétan.—Gilles le Niais, l’arracheur de dentsCarmeline.—Brioché au château Gaillard.—Le cadavre de Concini.—Libelles et chansons.—LaFronde au Pont-Neuf.—Revues des troupes de la Fronde.—Les Mazarinades.—Rixeset bagarres | [320] |
| [Chapitre XVI.—LE PONT-NEUF (SUITE)] | |
| Sous le Grand Roi.—Les embarras du Pont-Neuf.—Les racoleurs du quai de la Ferraille.—Dernierscharlatans.—Le gros Thomas.—Toujours les voleurs.—La bande de Cartouche.—Transformationdu paysage.—Le collège des Quatre-Nations.—Les chanteursde gaudrioles.—L’exposition de la Fête-Dieu place Dauphine.—Les boutiques de Soufflot.—LaRévolution.—Premières petites émeutes.—La patrie en danger.—Le canond’alarme au terre-plein.—Le jeune Bonaparte.—Disparition de la Samaritaine.—Letreize Vendémiaire | [343] |
| [Chapitre XVII.—L’HÔTEL-DIEU] | |
| La Maison-Dieu primitive.—Hôpital Saint-Christophe.—L’Hôtel-Dieu de Philippe-Auguste.—Fondationsde saint Louis.—Encombrements et agrandissements.—La salle du Légat.—Lesponts de l’Hôtel-Dieu.—Les religieuses.—Légendes des Cagnards.—Les grandsincendies.—La vieille place du Parvis.—La maison de l’humanité.—Démolition etreconstruction | [360] |
| [Chapitre XVIII.—LES PETITES RUES DE LA CITÉ] | |
| Anciennes églises et chapelles de la Cité.—Le dernier débris de l’église Saint-Aignan.—Rues,ruelles et couloirs.—Décrépitude et démolition.—Le cloître Notre-Dame.—Leport Saint-Landry et la tour Dagobert.—Juvénal des Ursins.—La maison aux pâtés dechair humaine.—Le logis d’Héloïse et Abeilard.—Les pompiers.—Théophraste Renaudot.—LaCité, berceau de la Monarchie, du Parlement et de la Presse.—Les rives.—LaMorgue | [374] |