Voici maintenant, dans ces salles gothiques, des souvenirs de la Révolution, d’abord cet escalier dans un angle à côté d’une porte étroite descendant dans les profondeurs où jadis se trouvaient de lugubres cachots. C’est par cette porte que passait Marie-Antoinette pour se rendre de sa prison au Tribunal révolutionnaire. A côté une grande et forte grille laisse entrevoir à travers ses barreaux une longue galerie sombre; cette galerie c’est une des travées de la Grande Salle inférieure, car sous la Grande Salle du palais, celle d’aujourd’hui qui a succédé à la Grande Salle incendiée en 1617 et en 1871, se trouve encore, touchant au grand guichet, la salle inférieure dite salle Saint-Louis, immense vaisseau gothique, ayant survécu aux deux incendies, malgré de graves avaries qui ont nécessité des restaurations. Cette travée enlevée à la salle Saint-Louis, fermée de grilles sur toute sa longueur et aux extrémités, forme ce qu’on appelle la Rue de Paris, une galerie dans laquelle on entassa en 1793 jusqu’à deux cent cinquante prisonniers.
LE GRAND GUICHET, ÉTAT ACTUEL
La salle Saint-Louis est divisée par trois rangées de piliers et de colonnes en quatre nefs à hautes voûtes ogivales. L’immense vaisseau possède quatre grandes cheminées, une à chaque angle, ainsi qu’un bel escalier, une vis de pierre tournant dans une sorte de tourelle entièrement ajourée et montant à la salle supérieure.
LE PALAIS DE SAINT LOUIS APPARAISSANT A LA DÉMOLITION DE LA PRÉFECTURE DE POLICE
Nous ne pouvons donc, avec des traditions confuses et souvent contradictoires, distinguer exactement les constructions de saint Louis de celles de son petit-fils Philippe le Bel, celui-ci ayant entrepris des remaniements importants au palais de son aïeul, et construit ou achevé des parties considérables.
Chacun de ces rois dut travailler à embellir son habitation de la Cité, et aussi à en perfectionner les défenses. Il est fort à croire que saint Louis dut y porter tous ses soins, lui qui, dans son enfance, fut sur le point de perdre le trône par la conspiration des grands barons désireux de profiter de sa minorité pour se débarrasser du pouvoir royal et reprendre leur pleine indépendance. Blanche de Castille et le jeune roi, venant chercher refuge à Paris en 1227, durent s’arrêter fort en peine à Montlhéry, où l’armée des grands vassaux se préparait à les assiéger, lorsque, sur la nouvelle du péril couru par leur prince, les Parisiens s’armèrent et se mirent aux champs en si grand nombre et avec une telle contenance que l’armée des grands vassaux décampa: «Me conta le saint roi, écrit Joinville plus tard, que lui et sa mère qui étaient à Montlehéry n’osèrent aller à Paris, jusqu’à tant que ceux de la ville les viendrent quérir en armes en moult grande quantité. Et me dist que depuis Montlehéry jusqu’à Paris le chemin était plein et serré de troupes de gens d’armes et aultres gens qui criaient tous à haulte voix que Notre Seigneur lui donnât bonne vie et prospérité et le voulsit garder contre tous ses ennemis.»
Des tables de pierre désignées sous le nom de Tables des charités Saint-Louis, dans le grand préau de Conciergerie, auraient servi d’après la légende à des distributions de vivres faites aux pauvres par ordre du roi et même par ses propres mains. A la même époque, soit que ces tours existassent déjà, soit qu’il y eût encore à la place une poterne ancienne, se tenaient ici les Plaids de la Porte. Joinville en parle quand il explique «comment le roi gouverna sa terre bien et loyalement et selon Dieu... Il avait sa besogne ordonnée en telle manière que Monseigneur de Nesle et le bon comte de Soissons et nous autres qui étions entour lui, quand nous avions ouï nos messes, allions ouïr les plaids de la porte que on appelle maintenant les requestes...»
Le roi envoyait ainsi ses gens pour voir s’il n’y avait parmi les causes ainsi plaidées quelques affaires embarrassantes et importantes qui ne se pussent délivrer sans lui; quand il se trouvait de ces causes ou litiges, il faisait venir les parties, soit dans sa chambre où il les attendait assis au pied de son lit, soit au jardin en été.