Peu de temps après, l’empereur Baudoin se trouvant de plus en plus gêné par faulte d’argent, saint Louis acquit de la même façon, en les retirant des mains des créanciers de l’empereur, une partie du bois de la vraie croix, l’éponge, le fer de la lance ayant percé les chairs de Jésus-Christ, et différentes autres reliques qui furent placées en une merveilleuse châsse d’or et d’argent ornée de pierres précieuses. On avait au plus haut degré, en ce temps de foi profonde, le culte des reliques, notre époque d’incrédulité a même accusé les gens de Byzance d’avoir un peu exploité ce culte et de s’être livrés, dans la suite, à un véritable commerce de reliques vraies ou fausses.

Dans les premières années du règne de saint Louis un accident était arrivé qui montre quelle universelle vénération entourait ces reliques, pour lesquelles chaque jour on élevait de merveilleuses églises, ainsi que des moutiers pour les moines chargés de leur garde.

On conservait à l’abbaye de Saint-Denis, parmi d’autres nombreuses reliques un des clous qui avait attaché Jésus sur la croix, «apporté, dit Joinville, durant le règne de Charles le Chauve roi de France et empereur de Rome». Cette relique était particulièrement honorée, on la sortait dans les grandes occasions, lorsque l’on implorait du ciel la fin de quelque calamité publique; le clergé de Saint-Denis l’avait promenée processionnellement à Paris en 1206, lors d’une grande inondation qui emporta le Petit Pont et ravagea les bas quartiers.

Peu avant un jeune enfant de Philippe-Auguste se trouvant en état désespéré, les moines étaient venus, à la tête d’une immense cohorte de clercs et de Parisiens marchant les pieds nus, jusqu’au Palais, où comme suprême recours ils avaient fait toucher par leurs reliques toutes les différentes parties du corps du petit prince moribond.

Or, le 27 février 1232, comme on donnait le saint clou à baiser aux pèlerins qui se pressaient en foule dans l’église de l’Abbaye nouvellement restaurée, le saint clou chut du reliquaire dans lequel il était gardé, et par un incompréhensible accident, fut perdu dans la cohue ou volé par quelque audacieux dévot. Aussitôt qu’on s’aperçut de la perte, éclatèrent des transports de douleur parmi les moines de l’abbaye et les pèlerins. Avec la nouvelle la désolation se répandit du monastère dans Saint-Denis, et de Saint-Denis gagna comme une traînée de poudre la ville de Paris. «Le roi Louis et la reine sa mère quand ils ouïrent la perte d’un si haut trésor, se dolurent bien et dirent que nulle plus cruelle nouvelle ne pouvait leur être apportée; le très bon et très noble roi Louis ne se put contenir, ainçois commença à crier hautement et dit qu’il aimerait mieux que la meilleure cité de son royaume fut fondue en terre et périe. Lorsqu’il sut la douleur et les pleurs que les abbés et le couvent de Saint-Denis menaient jour et nuit sans confort, il leur envoya des hommes sages et bien parlants pour les réconforter et il voulait venir en propre personne, si le conseil de ses gens ne l’en eût détourné. Le roi fit aussitôt crier par un héraut la perte par toute la ville, promettant cent livres d’argent de récompense à qui rapporterait le saint clou, et plein et entier pardon à qui l’aurait volé ou recelé. L’angoisse et la tristesse de la perte du saint clou fut si grande par tous les lieux qu’avec peine serait racontée. Quand ceux de Paris entendirent le cri du roi et ouïrent la nouvelle, ils furent bien tourmentés et plusieurs hommes et femmes, enfants, clercs, écoliers commencèrent à braire et à crier, et fondant en pleurs ils coururent aux églises pour déprier Notre-Seigneur. Paris ne pleurait pas tant seulement, mais toutes gens pleuraient parmi le royaume de France. Aucuns des sages hommes étaient en doutance que parce que cette cruelle perte était arrivée au chef du royaume, n’advinssent aucuns graindres meschiefs ou pestilences dans tout le corps du royaume de France...» Cette désolation universelle ne cessa qu’aux premiers jours d’avril suivant, quand soudain on apprit que le saint clou était retrouvé. On le gardait à l’abbaye du Val près Pontoise, où il avait été porté par une bonne femme qui l’avait ramassé dans l’église de Saint-Denis. Il est probable que les moines de Pontoise ne le restituèrent pas de bonne grâce, mais ils durent s’exécuter, et le saint clou fut reporté en grande pompe à l’abbaye de Saint-Denis, où le roi vint solennellement en réjouissance faire ses dévotions avec ses gens.

Quand saint Louis eut en sa possession les reliques achetées à Constantinople, il résolut d’élever, pour renfermer leurs superbes châsses, une nouvelle chapelle plus magnifique encore, qui serait en quelque sorte un vaste reliquaire de pierre, pour le service duquel il créerait un chapitre de chanoines et de chapelains chargés d’y faire «nuit et jour le service du Seigneur».

L’architecte était tout trouvé, c’était Pierre de Montreuil ou de Montereau, artiste éminent qui venait de terminer le superbe réfectoire et la chapelle de la Vierge de l’abbaye de Saint-Germain. Sur l’emplacement de Saint-Nicolas du Palais, auquel se trouvait annexé un autre petit oratoire consacré à la Vierge, Pierre de Montereau, en trois ou quatre années, édifia ce merveilleux monument, épanouissement admirable du grand style ogival, reliquaire de pierre ciselée, ayant pour base solide sa chapelle basse, et ensuite nef délicate, aérienne, complètement ajourée, où la pierre ne sert plus pour ainsi dire que d’armature à des splendides verrières. Les travaux marchèrent avec une grande rapidité. Louis IX posa la première pierre en 1245, en 1248 l’église était consacrée.

L’édifice est double; dans la chapelle inférieure, éclairée par des roses dans des arcatures robustes, les voûtes de la nef principale reposent sur deux rangées de colonnes étrésillonnées par une demi-arcature au droit des contreforts, laissant ainsi un étroit bas côté.

LA TOUR BON-BEC AVANT LA SURÉLÉVATION D’UN ÉTAGE LORS DE LA RESTAURATION DU PALAIS DE JUSTICE