Joinville en venant le matin rejoindre le roi au Palais rencontra près de la porte le prévôt de Paris qui amenait devant le roi une charrette portant les corps des trois sergents tués, suivie du clerc venu après son exploit se constituer prisonnier.
Louis IX au sortir de sa chapelle vint au perron voir les morts et se fit raconter l’affaire par le prévôt: «Sire, dit le prévôt, je vous amène l’homme qui a fait cela, pour qu’il en soit fait à votre volonté.»
«Sire clerc, dit le roi, vous avez perdu à être clerc par votre prouesse, et pour votre prouesse je vous retiens à mes gages, et vous viendrez avec moi outre-mer, et cette chose vous fais-je encore parce que je veux que mes gens voient que je ne les soutiendrai en nulles de leurs mauvaisetés.»
Quand le peuple qui était là assemblé ouït cela, ils s’écrièrent: «Notre Seigneur et prièrent que Dieu lui donnât bonne vie et longue et le ramenât en joie et santé».
Ce fait se passait donc peu de jours avant le départ pour la croisade et au moment où, toute blanche et toute fraîche, la Sainte-Chapelle élevait, comme un ardent et solennel cantique de pierre, sa flèche vers le ciel.
L’HORLOGE DU PALAIS
La Sainte-Chapelle du Palais date du milieu du XIIIe siècle, c’est-à-dire de la première partie du règne de saint Louis après sa majorité, des années de sa jeunesse.
A cette époque, l’empire latin fondé par les croisés à Constantinople se trouvait en de graves embarras, attaqué à la fois à l’intérieur par les Grecs, et sur les frontières par les hordes musulmanes. Dans cette détresse, en grande pénurie d’argent, l’empereur Beaudoin II avait fait à Venise un emprunt gagé sur les reliques de la Passion de Jésus-Christ. Peu après, le roi Louis IX ayant eu l’occasion de rendre quelques services à l’empereur Beaudoin, obtint de lui le don de la couronne d’épines à charge de désintéresser ses créanciers vénitiens; il envoya aussitôt à Venise deux frères prêcheurs, avec l’argent pour dégager les reliques.
La translation de la couronne d’épines fut comme une marche triomphale à travers le pays. Partout les populations se pressaient sur le passage et lui faisaient cortège. «A grande liesse» Louis IX alla au-devant de la sainte relique jusqu’à Sens et porta lui-même, à l’entrée de cette ville, la châsse qui la renfermait. L’entrée à Paris se fit en pompe solennelle. Précédés et suivis d’un nombre infini de prélats, de religieux et de chevaliers, entourés d’un concours immense de peuple, Louis IX et ses frères Robert, Alphonse et Charles, en simple tunique et nu-pieds, portèrent la châsse depuis Vincennes jusqu’à l’église Notre-Dame, après une dernière station devant l’abbaye de Saint-Antoine, vers laquelle de tous côtés convergeaient, pour se joindre au cortège, des processions de toutes les églises et abbayes de la ville et des environs, «en chapes et aubes merveilleuses avec gros cierges par milliers». Après une cérémonie d’actions de grâces à Notre-Dame, l’immense procession se reforma et «convoya» la sainte couronne de l’église Notre-Dame à la maison du roi, en chantant hymnes et cantiques, et la précieuse relique fut déposée en la chapelle royale Saint-Nicolas.