Table illustre contemplée avec respect par le populaire, brillante sous le reflet des grands fenestrages, table royale aussi, réservée, dans les festins d’apparat donnés par les rois, aux princes du sang, aux pairs de France et aux princesses, les autres convives s’asseyant à des tables mobiles plus ou moins rapprochées, selon leur rang.

Au XVe siècle, près de la table de marbre, se voyaient différentes choses remarquables: un crocodile empaillé trouvé, disait-on, dans les fondations du palais, curiosité rapportée probablement d’Égypte au temps des croisades, et un grand «vieil cerf» en bois, qui était un modèle préparé pour un cerf en or massif que le général des finances de Charles VI devait faire exécuter pour le trésor royal, projet qui n’eut qu’un commencement d’exécution, la tête seule ayant été faite, et sans doute bien vite fondue ensuite.

La table de marbre, table royale, siège de la juridiction des eaux et forêts, avait encore une autre destination bien différente, c’était aussi le théâtre de la Basoche; en ces âges naïfs, sur la table des festins royaux, les clercs de la basoche du palais, montaient aux jours de leurs divertissements traditionnels, pour jouer leurs farces, sotties, moralités et momeries. Très probablement un revêtement de bois formant estrade recouvrait alors la table de marbre, estrade surélevée, dont le dessous fermé par des tapisseries servait de vestiaire. C’est ainsi que Victor Hugo, au premier chapitre de Notre-Dame de Paris a mis en scène une représentation de mystère offert au populaire sur cette table, à l’occasion d’un mariage princier.

L’angle nord-ouest de la Grande Salle touche à la Grand’chambre, ancienne chambre de saint Louis, située à l’étage supérieur de la Conciergerie, au-dessus du grand guichet entre les deux tours. Sous Louis XII elle fut complètement transformée et devint la Chambre dorée. Les murailles couvertes de lambris curieusement sculptés, le plafond à caissons, les petites voûtes surbaissées retombant sur des culs-de-lampe, les peintures, les fleurs de lis, tous les ornements dorés «avec de l’or de ducats de Hollande», en faisaient une étincelante et mirifique salle d’apparat. Des estampes nous en ont conservé l’aspect à différentes époques.

LA CHAMBRE DORÉE.—DANS L’ANGLE, LE SIÈGE ROYAL

Quand elle fut devenue grande chambre du Parlement, chambre des pairs, chambre des plaids solennels, magistrats et pairs occupaient des gradins se détachant sur le lambris à fond fleurdelisé; sur deux des angles s’élevaient deux tribunes pour les invités de marque aux grandes cérémonies, sortes de lanternes construites sous Louis XIV et refaites sous Louis XV, chargées d’armoiries et terminées en dômes avec la couronne royale au sommet.

Le trône royal ou lit de justice était dans un autre angle à côté d’un grand triptyque du XVe siècle représentant le Christ en croix entouré de quelques saints. Près de la porte communiquant avec la Grande Salle, se voyait, d’après les anciens chroniqueurs, un lion doré, ayant la tête baissée et la queue entre les jambes, ce qui voulait dire que «toute personne tant soit grande de ce royaume en doit obéir et se rendre humble, soubz les lois et jugements de la dicte Court».

C’est dans cette étincelante Chambre dorée où tout rappelait la royauté, fleurait l’aristocratie et le vieux parlementarisme, que s’établit en 1793 le tribunal révolutionnaire, pour travailler avec la collaboration du couperet de Sanson à supprimer les vieilles institutions et les ci-devant aristocrates ou parlementaires. Préalablement la Chambre dorée avait été exécutée elle-même, le rabot égalitaire avait passé sur la superbe décoration, on avait tout rasé, ornements sculptés, peintures, écussons, et à la place du plafond aux voûtes si délicatement et si richement lambrissées et enluminées on avait fait un plafond net et plat.

Quant à la Tour de l’Horloge, on pense qu’elle date des commencements du XIVe siècle. S’il en est ainsi, il devait exister précédemment un peu en arrière une autre tour formant l’angle du Palais devant le Grand-Pont; on croit savoir que le roi Philippe le Bel acheta à cette époque au chapitre de Notre-Dame un moulin, dit de Chante-reine situé sur la rive au pied du Palais, pour élever à sa place la belle tour carrée de l’Horloge et le bâtiment contigu, c’est-à-dire la cuisine dite de Saint-Louis.