Après le repas des princes, le mystère ambulant s’en fut processionnant dans le même ordre au pré aux Clercs, sous l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, où la reine d’Angleterre, Isabeau de France, était parée en une tourelle avec nombre de dames et de damoiselles. «Et cette fête leur plut fort et tourna à grand honneur au roi de France et aux gens de Paris.»

Pendant ces fêtes dans l’île de la Cité et dans l’île Notre-Dame, le roi de France, ses frères et ses trois fils, le roi d’Angleterre et un nombre immense de seigneurs prirent la croix pour une croisade projetée que diverses circonstances empêchèrent. L’enthousiasme fut si grand cependant que les femmes des croisés prirent la croix aussi pour suivre leurs maris, mettant seulement pour condition qu’elles ne passeraient point la mer sans leurs maris, et que celles qui deviendraient veuves seraient déliées de leur vœu.

Le cinquième jour des fêtes tous les artisans et bourgeois de Paris, les uns à pied, les autres à cheval, défilèrent par le parvis Notre-Dame et les rues de la Cité, sous les fenêtres du Palais où les deux rois, les princes et les barons étaient placés. Les Parisiens à cette montre étaient bien environ vingt mille cavaliers et trente mille piétons, «dont le roi d’Angleterre et les siens furent grandement ébahis».

Dans le Palais, avec les rois, cohabitait l’ensemble assez confus de l’administration du royaume, le trésor, la Justice. Il fut le berceau des Parlements réguliers installés dans la grand’chambre, plus tard chambre dorée.

Philippe le Bel, en même temps qu’il achevait les constructions commencées par saint Louis, complétait aussi l’œuvre d’organisation judiciaire de son prédécesseur. Il instituait un Parlement à Paris et deux autres en province, l’Echiquier de Rouen, le parlement de Toulouse, plus un parlement temporaire à Troyes, les grands jours, délégation de celui de Paris.

Il décida que le Parlement se réunirait au palais pour six semaines ou deux mois de chaque semestre, à Pâques et à la Toussaint, en cour souveraine de justice, pour connaître de toutes les affaires importantes; des prélats et des hauts barons furent mis à la tête de cette juridiction royale. Primitivement il entra dans la composition du Parlement deux sortes de conseillers: les conseillers jugeurs, tous nobles seigneurs, et les conseillers rapporteurs, ceux-ci clercs et légistes, formant les chambres des enquêtes, et admis seulement à formuler leur opinion; mais ces derniers, par la seule force des choses, se confondirent bientôt avec les autres et finalement constituèrent à eux seuls cette haute magistrature.

Le roi avait aussi près de lui sa chambre des comptes chargée de l’administration financière, et présidée également par des évêques et des barons.

Quand Philippe le Bel convoqua les Etats généraux dans les circonstances difficiles de sa lutte avec le Saint-Siège, il réunit tous les barons, les ducs, comtes, prélats, abbés des couvents, maires et échevins des communes dans l’église Notre-Dame.

C’était en 1302; en 1308 il réunit les Etats généraux à Tours; mais en 1314, les convoquant de nouveau, il les assembla en son Palais, dans la Grande Salle terminée depuis peu.

Les barons et les prélats étaient assis sur un «échaffaud» élevé probablement du côté de la Grande table, les bourgeois des communes remplissaient la salle. Enguerrand de Marigny, «chevalier coadjuteur du roi de France Philippe et gouverneur de tout le royaume,» disent les Chroniques de Saint-Denis, monta sur cet échafaud, «prêcha» longuement à l’assemblée, en commençant par un beau compliment du roi à sa ville de Paris «où les rois aux temps anciens avaient accoutumé d’avoir leur nourriture et pour cela appelaient-ils Paris chambre royale». Puis rappelant les anciennes querelles du roi Philippe-Auguste avec Ferrand comte de Flandre, il en vint à la grande affaire qui était la création de nouveaux impôts en vue d’une expédition contre les Flamands lesquels, de nouveau comme au temps de Ferrand, se dérobaient à la suzeraineté du roi de France.