Tous droits réservés.

POINTE DE LA CITÉ ET SORTIE DE LA SEINE
LA CHAÎNE TENDUE DE LA TOUR DU COIN A LA TOUR DE NESLE
CHAPITRE PREMIER
LE VAISSEAU DE LUTÈCE

Écrasement de l’antique cité.—Ce que représente l’étroit espace entre Notre-Dame et le palais.—L’établissement des Francs.—Le palais gallo-romain devient le palais des chefs mérovingiens.—Clotilde et les fils de Clodomir.—Frédégonde à Paris.—Les deux ponts de la Cité.—Le départ de Rigonthe.—Le comte Leudaste.—Saint Eloi.—Les incendies de la cité.

STATUE DE LA VIERGE
PORTAIL DE NOTRE-DAME

La cité de Paris, la noble nef qui, depuis si longtemps, malgré tant d’ouragans, sous l’assaut des vents furieux ou sous les caresses d’un soleil ami, vogue avec audace et fierté, souvent rudement ballottée mais jamais submergée, a vu pour ainsi dire, commencer l’histoire de France, avec les aventures de jeunesse de Lutetia, dans les jours où se formait, sur les rives de la Seine, le petit État barbare d’un chef franc.

Pendant des siècles, sur ce point minuscule, à cet étroit îlot enserré par les eaux de la rivière, vinrent à ce qu’il semble s’attacher tous les fils reliant au mince domaine royal des premiers temps, les terres, les fiefs et les provinces qui grossissaient peu à peu le naissant pays de France, et lui ramenaient un à un tous les lambeaux de la Gaule éparpillée après l’écroulement du monde romain.

Le point central de cette France, à la formation difficile et lente après les temps de bouleversement, il est là jusqu’au XIIIe siècle, entre l’église cathédrale de Paris et le Palais de la Cité, tout petit noyau de la solide agglomération. Toutes les choses de la politique brutale et confuse des chefs francs, campés dans les palais conquis, des rois de Paris et des ducs de France, en attendant les rois réels surgissant du chaos débrouillé et s’imposant comme suzerains définitifs aux grands barons, aboutissaient ou commençaient là, sur ces quelques arpents de sol parisien particulièrement vénérables, et que pourtant nous avons traités avec assez peu de respect en notre temps, faisant table rase de tout ce qui pouvait marquer encore quelques-uns de tous ces grands souvenirs ou conserver un peu l’empreinte du glorieux passé.