Le connétable d’Armagnac était au nombre des prisonniers de la Conciergerie avec le chancelier de Marle, plusieurs évêques, des seigneurs, des membres du Parlement.

ANCIENNE COUR DE LA CONCIERGERIE

A la nouvelle de l’entrée des Bourguignons, le prévôt de Paris, Tanneguy du Châtel, avait pu courir prendre le petit Dauphin, futur Charles VII, et l’avait emporté, enveloppé dans les draps de son lit à la Bastille. Le connétable d’Armagnac avait eu le temps de se jeter hors de chez lui et de se réfugier dans la maison d’un artisan son voisin; mais, dénoncé ou découvert, il fut enlevé de sa cachette et mené au Palais avec d’autres saisis dans leur lit ou trouvés cachés dans leurs caves.

Leur prison ne dura guère, les bouchers de Caboche et les forcenés conduits par le bourreau Capeluche se précipitèrent sur ces prisons pour tout massacrer. Le prévôt bourguignon de Paris essaya bien un instant d’empêcher la tuerie qui se préparait; mais devant le déchaînement de cette populace enragée qui ne voulait rien entendre et menaçait d’égorger ceux qui oseraient parler de pitié, il recula: «Mes amis, faites ce qu’il vous plaira.»

Aussitôt les diverses bandes de massacreurs se jetèrent sur les diverses prisons et en forcèrent les portes, par le feu quelquefois, quand elles étaient trop solides ou quelque peu défendues. Les prisonniers du grand Châtelet se défendirent courageusement pendant deux journées d’assaut avant d’être forcés, égorgés sur les tours, brûlés dans les bâtiments incendiés, ou précipités d’en haut sur les piques des assaillants d’en bas, au milieu des rires féroces.

«Et ne laissèrent en prison de Paris, sinon au Louvre pour ce que le roi y était, quelque prisonnier qu’ils ne tuassent par feu ou par glaive,» dit le bourgeois de Paris dans sa chronique. Les morts entassés dans des tombereaux ou attachés par les pieds à des cordes et traînés sur les pavés, étaient menés jusqu’aux portes de la ville et jetés tout simplement dans les champs.

Les prisons du Palais, où étaient les prisonniers de marque, furent assaillies les premières. Aux cris de: «Tuez ces chiens, ces traîtres Arminaz qui ont vendu le royaume de France aux Anglais!» les massacreurs enfoncent les portes de la Conciergerie, fouillent toute la prison, pénètrent partout et y tuent tout ce qu’ils trouvent, même des malheureux qui n’avaient rien à démêler avec Armagnac ou Bourgogne, même de pauvres prisonniers pour dettes, ce qui se verra aussi plus tard, au même endroit, aux massacres de septembre 92.

Là périrent le connétable d’Armagnac, le chancelier de France de Marle, l’évêque de Constance son fils, et plusieurs capitaines. Ils furent égorgés dans une cour de derrière, entre le logis royal et les jardins, où probablement leurs gardiens les avaient fait reculer à l’approche des meurtriers; leurs corps dépouillés furent jetés dans la cour du May, après que les assassins, par dérision, eussent, en enlevant une bande de peau, dessiné la croix de Bourgogne sur le corps du connétable. Les cadavres restèrent exposés deux jours entiers au pied du grand perron de marbre, furent repris ensuite par des malandrins et traînés par les rues en recevant mille outrages.

Pendant ce temps, les Anglais enlevaient la Normandie place après place, et venaient à bout après un long siège de la ville de Rouen. Ils prenaient Pontoise et touchaient presque Paris.