Puis après quelques mois de troubles, de négociations et de batailles, les événements se précipitent. Le meurtre du duc d’Orléans est vengé par l’assassinat de Jean sans Peur, dans l’entrevue avec le dauphin Charles au pont de Montereau. Les Bourguignons, du coup, se jettent dans l’alliance anglaise pour «faire guerre mortelle à Monseigneur le Dauphin et à ceux de son parti», tandis que se traitent des accords particuliers entre Isabeau de Bavière et le roi d’Angleterre, par lesquels le malheureux Charles donne à Henri V d’Angleterre la main de sa fille Catherine, et le déclare régent et héritier de France; le dauphin Charles, trahi par sa mère, étant débouté de son héritage «considéré les horribles et énormes crimes et délits perpétrés au dit royaume de France par Charles, soit disant dauphin du Viennois».
Ce traité qui préparait la réunion du royaume de France à la couronne d’Angleterre et organisait le gouvernement par le régent Henri V d’Angleterre, fut approuvé en assemblée solennelle de l’Université, du corps de ville et des notables bourgeois de Paris, et enregistré en Parlement selon les formes accoutumées. La France se trouvait coupée en deux tronçons, dont l’un avec Paris obéissait au roi d’Angleterre, régent pour Charles VI, et l’autre, au delà de la Loire, demeurait au dauphin Charles qui se préparait à bien défendre le reste de son héritage.
ANCIENS CACHOTS DE LA CONCIERGERIE DÉMOLIS SOUS LA RESTAURATION
Le roi d’Angleterre ayant épousé Catherine de France à Troyes, prit Sens, Montereau et Melun, vint faire le 1er décembre 1420 son entrée solennelle dans Paris où ses troupes occupaient tous les postes importants, Louvre, Bastille, Vincennes et l’hôtel de Nesle, ce dernier hôtel habité par Isabeau de Bavière, toujours en fêtes et galantes occupations, malgré tous les fléaux et désastres, pendant que le malheureux Charles VI végétait entre deux accès à l’hôtel Saint-Paul.
Le roi de France, le roi d’Angleterre et les deux reines, c’est-à-dire Isabeau de Bavière et sa fille, les ducs de Clarence et de Bedford, frères d’Henri V, le nouveau duc de Bourgogne Philippe le Bon, à la tête d’un long cortège de seigneurs français et anglais, trouvèrent, comme à toutes les entrées royales, les rues encourtinées et parées depuis la porte Saint-Denis jusqu’à Notre-Dame.
Le peuple, qui espérait en avoir fini bientôt avec toutes les calamités et les misères de ces interminables guerres, criait: Noël! sur le passage du nouveau régent. «Jamais, dit le Bourgeois de Paris, princes ne furent reçus à plus grant joye qu’ils furent, car ils encontraient par toutes les rues processions de prestres revestus de chappes et de surpliz, chantant Te Deum laudamus ou Benedictus qui venit.»
Dans les rues les gens d’Église présentaient aussi aux rois leurs reliquaires à baiser. Le cortège, avant d’arriver à Notre-Dame, trouva la rue de la Calandre occupée par des «eschaffaux» de cent pas de long, touchant aux murs du Palais, sur lesquels fut représenté au vif, un «moult piteux mystère de la passion de Notre-Seigneur selon qu’elle est figurée sur la clôture du chœur de Notre-Dame de Paris, et n’estoit homme qui veist le mystère à qui le cœur n’apiteast.»
Le régent se logea au châtel du Louvre, prenant en mains le gouvernement effectif du royaume, renvoyant la reine Isabeau à ses fêtes et laissant le pauvre Charles VI retourner à l’hôtel Saint-Paul pour traîner, presque abandonné, les restes de sa misérable existence.
Henri V fit appeler solennellement Charles duc de Touraine «soi-disant dauphin» à la table de marbre du Palais, pour y répondre du meurtre du duc Jean sans Peur; puis la cour du Parlement le déclara «ennemi du royaume, indigne de succéder à toutes seigneuries venues ou à venir et mêmement de la succession et attente qu’il avait à la couronne de France».