Henri V tint cour magnifique au Louvre, très entouré de ducs et princes ainsi que de gens d’Église des deux nations. Entre temps il allait à ses armées qui guerroyaient contre celles du Dauphin; il fut pris de maladie au cours d’une expédition vers la Bourgogne attaquée par le Dauphin et s’en revint bientôt mourir au château de Vincennes.
Alors les voûtes de Notre-Dame durent accueillir le corps de ce roi anglais, pour des obsèques solennelles, après lesquelles son convoi fut dirigé par Rouen et Abbeville sur Calais. Le corps mis sur un chariot à quatre chevaux, en haut duquel était couchée l’effigie du roi en cuir bouilli et peint, portant la couronne et le sceptre, fit ce long voyage accompagné d’un grand cortège de princes, de chevaliers, avec des prêtres qui, nuit et jour, chevauchant, cheminant ou s’arrêtant, chantaient sans cesser l’office des morts.
Charles VI suivit de très près Henri V au tombeau, il décéda le 22 octobre 1422, à l’hôtel Saint-Paul. Il était mort abandonné de la reine Isabeau, délaissé de tous; sa dépouille s’en alla reposer à Saint-Denis après le service à l’église Notre-Dame, accompagnée des gens de sa maison, de l’Université, du Parlement, des bourgeois et du populaire de Paris en grande multitude, mais sans aucun prince français, et conduite seulement par le duc de Bedford, régent de France.
A Saint-Denis le roi d’armes accompagné de plusieurs hérauts et poursuivants, ayant crié sur la fosse: «Dieu veuille avoir pitié et merci de l’âme de très haut et très excellent prince Charles, roi de France, sixième de ce nom,» ajouta aussitôt: «Dieu donne bonne vie à Henri, par la grâce de Dieu roi de France et d’Angleterre, notre souverain seigneur!»
Le peuple de Paris qui souffrait depuis si longtemps des calamités sans nombre amenées par la folie de Charles VI, des malheurs publics engendrés par le malheur du roi, pleurait pourtant au passage de ce funèbre cortège, qui semblait le convoi des funérailles de la monarchie française.—«Très cher prince, disaient les bonnes gens, jamais nous n’en aurons vu si bon! nous n’aurons plus jamais que guerre puisque tu nous as laissés, tu vas au repos, nous demeurons en tribulations et douleur!»
Quelle misère pourtant dans ces dernières années pour ce malheureux peuple! La guerre partout, les ravages et les déprédations des troupes et des routiers de tous les partis par les campagnes, les discordes et les haines dans la ville, avec leurs excès, leurs explosions de rage meurtrière. Et par une suite naturelle, la famine, venant s’ajouter à tous ces maux! Le blé était monté à un prix inabordable aux pauvres gens, le pain, le vin manquaient. «Il y avait si très grant presse à l’huys des boulangers, que nul ne le croirait qui ne l’auroit veu. Les malheureux mangeoient ce que les pourceaux ne daignaient manger, ils mangeaient trognons de choux sans pain et sans cuire, les herbettes des champs sans pain et sans sel.»
PORCHE SUPÉRIEUR DE LA SAINTE-CHAPELLE
Pour comble on avait eu le très grand hiver de 1420, durant lequel il avait gelé et neigé jusqu’après Pâques, ajoutant le supplice du froid à celui de la faim, et apportant un surcroît de maladies à toutes celles qu’engendre la misère.
Pendant ces années de souffrances horribles, les maladies tuent par centaines, tous les jours, ces pauvres gens tombés au dernier degré de la désespérance. L’épidémie a des repos, des sommeils, puis des réveils soudains aux mauvaises saisons, aux grands froids, aux grandes chaleurs; elle enlève, dit-on, jusqu’à cinquante mille personnes en 1418.