C’était au fond de la cour juste en face de la grande porte du palais, une façade composée de trois pavillons irréguliers, présentant au-dessus du rez-de-chaussée un étage de grandes et belles fenêtres séparées par des statues dans des niches, un étage supérieur à hautes lucarnes magnifiquement couronnées et reliées par une balustrade à fleurs de lys, au-dessous d’immenses combles brandissant de grands et superbes épis de faîtage.

Le pavillon de l’aile gauche possédait sur l’angle une jolie et fine tourelle à deux étages; le pavillon de droite au comble moins haut ouvrait au premier étage une large loggia à deux arcades surbaissées, aux piliers décorés de statues, loggia surmontée d’une superbe lucarne plus belle encore que les autres, soutenue latéralement par de légers contreforts dessinant un pignon ajouré, orné de pinacles et de crochets.

Toute la façade était revêtue d’une riche décoration, dais ciselés, écussons, frises de fleurs de lis et de dauphins alternés.

Les statues représentaient, avec leurs attributs traditionnels, la Tempérance tenant une horloge et des lunettes, la Prudence un miroir et un crible à la main, la Justice avec une épée, le Courage tenant une tour et étouffant un serpent.

ENTRÉE DU GRAND DEGRÉ DE LA CHAMBRE DES COMPTES

Pour compléter cette belle façade d’un si heureux dessin, silhouettant de très hauts toits ardoisés et d’énormes cheminées, au pavillon de la loggia venait aboutir un grand escalier extérieur, ou plutôt une grande rampe couverte à quatre arcades du même style. Un charmant petit porche en plein cintre se surmontait d’un gable élégant, au centre duquel était sculpté l’écu de France ayant deux cerfs ailés pour supports, avec le porc épic de Louis XII au-dessous. A la balustrade pleine, comme à celle du reste de l’édifice, des L couronnées alternaient avec les dauphins.

Fra Giocondo, Joconde l’architecte italien amené par Charles VIII, à qui l’on s’est longtemps plu à attribuer tant de choses, a travaillé à cette chambre des Comptes. Quel fut au juste son rôle dans la construction, on l’ignore, mais ce qui est certain c’est que ce charmant édifice, vraie merveille de grâce, une des dernières créations de l’art purement français, n’est aucunement son œuvre, et d’ailleurs était commencé avant son arrivée.

On eut à la Cité, à peu de distance l’une de l’autre, deux entrées royales avec les cérémonies traditionnelles à Notre-Dame et au Palais.

La première le 6 novembre 1514 était l’entrée de la princesse Marie d’Angleterre, sœur d’Henri VIII, jeune et superbe princesse de seize ans, épousée par le quinquagénaire Louis XII peu de mois après la mort d’Anne de Bretagne, sa bretonne tant aimée dont la mort avait été pour lui un si rude coup qu’il n’avait fait «huit jours durant que larmoyer».