Le Parlement parut gagné même; quelques membres osèrent montrer l’indignation que leur causaient ces supplices et dans une délibération pour l’enregistrement d’un édit d’Henri II prononçant la peine de mort contre les protestants et leurs complices, ils parlèrent contre ces cruautés et firent appel à la modération.
Leur opposition fut dénoncée au roi. Le lendemain, au moment où l’on s’y attendait le moins, Henri II arriva au Palais accompagné de son chancelier et de quelques grands officiers de la couronne. Le Parlement délibérait au sujet de l’édit, le roi voulut que l’on continuât et des conseillers osèrent exposer la nécessité de la réforme des mœurs et de la tolérance religieuse; le conseiller Anne du Bourg fut plus hardi encore, il attaqua devant le roi les mœurs de la cour, y montra le scandale et la licence régnant parmi les grands, le vice et le crime tout-puissants et honorés, tandis qu’on livrait aux bourreaux des hommes qui servaient leur roi selon les lois du royaume et Dieu selon leur conscience.
Ainsi bravé en face, Henri II ordonna au connétable de faire saisir sur-le-champ Anne du Bourg et les autres conseillers qui avaient montré leur sympathie pour les réformés. Anne du Bourg, jeté à la Bastille, fut traité avec la plus grande sévérité et l’on mena vivement son procès.
Il avait demandé, en vertu du privilège des membres du Parlement, à être jugé par les chambres, mais le Parlement par zèle catholique ne le réclama pas. Les juges ecclésiastiques le condamnèrent à être «pendu et guindé à une potence plantée en la place de Grève devant l’hôtel de ville de Paris, au dessoubz de laquelle sera fait un feu dedans lequel le dit Dubourg sera gecté, ars, brûlé et consumé en cendres».
RESTES DE L’ANCIEN PALAIS (ÉTAT ACTUEL)
Toutes ces persécutions et ces supplices n’empêchaient point la Réforme de faire de grands progrès. Peu à peu les réformés constituèrent un parti puissant et nombreux, serré autour de quelques princes, comme les catholiques se serraient autour des princes de la maison de Lorraine, et bientôt d’échauffourée en échauffourée, les guerres civiles commencèrent.
Paris depuis longtemps voyait sans cesse les querelles éclater entre protestants et catholiques, des bagarres et des désordres se produire, et le sang couler dans des petits égorgements qui pouvaient faire présager les terribles excès prochains. Les politiques qui s’efforçaient de tenir la balance entre les deux partis, les modérés qu’indignaient tant de supplices, de bûchers et de bannissements, devaient fatalement se trouver débordés par le parti de la violence.
LES CORPS DU PRÉSIDENT BRISSON ET DES CONSEILLERS TARDIF ET LARCHER PORTÉS EN GRÈVE
Imp. Draeger & Lesieur Paris