MONTGOMMERY EMPRISONNÉ AU DONJON DU PALAIS

La nuit de la Saint-Barthélemy, quand on en vint au massacre général depuis longtemps rêvé, prédit, prêché, le signal devait partir du Palais. C’était la cloche de la tour de l’Horloge qui devait lancer sur la ville endormie tous les massacreurs réunis par les soins de Guise, de la reine Catherine et des échevins de la ville. Mais dans l’impatience que donnaient aux meneurs les irrésolutions de Charles IX, Catherine de Médicis fit hâter le moment et envoya au plus près, à Saint-Germain l’Auxerrois, mettre en branle le tocsin. Celui du Palais lui répondit aussitôt, pendant que le massacre commençait dans le Louvre même. Les égorgeurs recrutés se mirent à la besogne, bientôt rejoints par la populace fanatisée, et par les misérables qu’à toutes les commotions on trouve toujours disposés pour les sanglantes boucheries, comme pour les pillages qui s’ensuivent.

Le troisième jour de ce massacre qui dura toute une semaine, quand la terreur dominait la ville parcourue par les tueurs cherchant leur proie, le roi accompagné de la reine-mère, de ses frères et de toute la cour, se rendit au Palais et vint déclarer au Parlement réuni qu’une grande conspiration de l’amiral Coligny et d’autres scélérats huguenots avait été découverte, dont le but était de le tuer, avec la reine sa mère, ses frères et même le roi de Navarre, pour donner la couronne au prince de Condé, et qu’en ce péril imminent il n’avait pas trouvé d’autre remède que de «prévenir l’attaque des huguenots et d’en finir avec ceux qui troublaient l’État depuis si longtemps, et qu’ainsi la chose s’était faite par son ordre».

On fit semblant de trouver le prétexte plausible; le premier président «loua en public la sagesse du roi qui avait pu cacher un si grand dessein; mais en particulier, il remontra fortement au roi que si cette conspiration était véritable il fallait commencer par en faire convaincre les auteurs, pour ensuite les punir dans les formes, et non pas mettre les armes entre les mains des furieux ni faire un si grand carnage dans lequel se trouvaient enveloppés indifféremment les innocents et les coupables».

Le roi commanda alors qu’on fît cesser le massacre, mais il ne fut pas possible d’arrêter si vite les égorgeurs qu’on avait lancés, et la tuerie, les violences et le pillage continuèrent encore quelques jours.

Le mois suivant Coligny que l’on s’acharnait à transformer en conspirateur fut, quoique mort depuis plusieurs semaines, condamné à être traîné sur la claie et accroché aux fourches de Montfaucon.

En 1574 Catherine de Médicis put enfin assouvir la haine qu’elle avait vouée au meurtrier involontaire de son mari Henri II, au fatal tournoi des Tournelles. Gabriel de Lorges, comte de Montgommery, depuis le commencement des guerres civiles, était devenu un redoutable chef de bandes huguenotes, courant les campagnes de Normandie, enlevant villes et châteaux, battu parfois, se réfugiant en Angleterre, reparaissant toujours, rendant tuerie pour tuerie, saccage pour saccage, du mont Saint-Michel à Cherbourg. Finalement cerné avec les débris de ses bandes dans la petite forteresse de Domfront, il fut après maints assauts acculé au donjon et forcé par le manque de vivres et de munitions de se rendre aux troupes royales. Livré, malgré la capitulation, à la haine de Catherine de Médicis, on l’amena à Paris pour l’enfermer à la Conciergerie, dans le gros donjon qui garda ensuite son nom et s’appela la tour Montgommery.

Catherine ne le fit pas languir. Un arrêt du Parlement condamna Montgommery atteint et convaincu du crime de lèse-majesté à avoir la tête tranchée, confisquant ses biens, le dégradant de sa noblesse, déclarant vilains intestables et non capables d’offices les neuf garçons et les deux filles du condamné.

Après avoir souffert la question extraordinaire, Montgommery fut, le 26 Juin, tiré de la Conciergerie, mis en un tombereau, les mains attachées derrière le dos et conduit à la Grève. Il n’avait pas voulu se confesser à l’archevêque de Narbonne qui s’était présenté à lui en son cachot; il ne voulut pas davantage entendre le prêtre, qui le suivit, malgré lui, jusque sur l’échafaud. Avant de poser la tête sur le billot, Montgommery, d’après d’Aubigné, dit aux assistants: «Je requiers deux choses de vous: l’une de faire savoir à mes enfants qui ont été déclarés roturiers, que s’ils n’ont la vertu des nobles pour s’en relever, je consens à l’arrêt; l’autre point plus important, dont je vous conjure sur la révérence qu’on doit aux mourants, c’est que, quand on vous demandera pourquoi on a tranché la tête à Montgommery, vous n’alléguiez ni ses guerres ni ses armes, ni tant d’enseignes arborées, mentionnées en mon arrêt, qui seraient louanges frivoles aux hommes de vanité; mais faites-moi compagnon en cause et en mort de tant de simples personnes selon le monde, vieux et jeunes, et pauvres femmelettes qui, en cette même place, ont enduré les feux et les couteaux.»