Arrêté à Fontainebleau, après avoir été presque supplié par le roi de tout avouer à l’ancien ami qui lui eût fait grâce comme il l’avait fait une fois déjà, le maréchal s’obstina par orgueil à ne rien dire. Envoyé à la Bastille, il comparut devant le Parlement toutes chambres assemblées, et fut convaincu de conspiration; les membres présents, au nombre de cent vingt-sept, prononcèrent à l’unanimité la peine de la décapitation, que le maréchal subit dans la cour de la Bastille le 31 juillet 1602.

En 1604, Henri IV, pressé par les besoins d’argent, établit l’hérédité des offices du Parlement et de la Chambre des Comptes, moyennant une taxe qu’on appela la Paulette, du nom du financier Paulet qui avait suggéré l’idée à Sully. Cette taxe payée annuellement donnait aux magistrats le droit de transmettre leurs charges à leurs héritiers pour en disposer à leur volonté.

Ce que Chatel avait manqué réussit avec un autre criminel, et le couteau de Ravaillac arrêta brusquement le règne réparateur de Henri IV, mettant à néant les grands projets du Béarnais. Ravaillac fut jugé par le Parlement.

Enfermé dans la grosse tour de Montgommery, il subit toutes les gehennes que put inventer l’imagination des juges, des bourreaux, et même des particuliers qui dans l’horreur de son crime venaient proposer pour lui des tourments inconnus. Les criminels, détenus en même temps que lui à la Conciergerie, eux-mêmes, le voulaient déchirer quand il quitta sa prison pour s’en aller en Grève mourir dans les horreurs d’un supplice épouvantable. On voulait absolument lui trouver des complices, il jura jusqu’à la fin qu’il n’en n’avait point. Dans l’opinion des contemporains cependant, il en avait, il devait en avoir, c’était le cri public; d’étranges rumeurs couraient, et l’on disait que le Parlement avait tout fait pour ne point trouver ces complices, refusant de regarder assez haut pour cela.

A ce moment le Parlement ne siégeait pas au Palais en raison des préparatifs que l’on y faisait pour la réception de Marie de Médicis, qui venait d’être sacrée à Saint-Denis. Paris pavoisé, enguirlandé, avait arboré ses atours des journées joyeuses, quand l’événement terrible vint jeter sur tous ces préparatifs un voile de deuil. Sur tout le parcours habituel des entrées solennelles, de la rue Saint-Denis à Notre-Dame et au Palais, des arcs triomphaux, des décorations, des tribunes, des théâtres avaient été préparés.

Le Parlement avait été demander l’hospitalité aux Augustins, une partie de ses membres jugeait une affaire civile lorsque arriva la nouvelle de l’assassinat. Le président de Harlay quoique malade se fit, aussitôt informé, porter aux Augustins et presque en même temps arriva le duc d’Epernon, qui s’était trouvé dans le carrosse du roi si peu d’instants auparavant. Le duc pénétra dans la salle, laissant des soldats aux portes pour intimider le Parlement, et il imposa avec des menaces peu déguisées la nomination de Marie de Médicis comme Régente, pour le petit roi Louis XIII qui n’avait pas neuf ans. Ainsi moins de deux heures après que le roi eut été frappé rue de la Ferronnerie, tout était réglé, le Parlement rendait un arrêt proclamant Marie de Médicis «Régente de France, pour avoir l’administration des affaires pendant le bas âge du roi son fils, avec toute puissance et autorité».

Le lendemain, 15 mai, fut tenu dans la grande salle des Augustins un lit de justice destiné à solenniser l’établissement de la Régence. A dix heures du matin le petit roi monté sur une haquenée blanche, la reine dans son carrosse arrivèrent, suivis des princes, ducs et grands officiers de la couronne. Une délégation du Parlement les reçut dans la rue, gênée par la multitude du peuple, que la cour eut grand’peine à traverser.

Après les harangues et la déclaration officielle de la régence, le jeune roi s’en fut à Notre-Dame entouré de ses gentilshommes au milieu des flots de populaire, bien des gens criant: Vive le roi, les larmes aux yeux.

Le duc d’Epernon, figure du XVIe siècle, cet ancien mignon de Henri III devenu un puissant et orgueilleux seigneur menant train de prince, redouté et détesté, habile intrigant ayant avec un insolent bonheur trempé depuis la Ligue dans toutes les trames politiques, sans y laisser de son sang comme les autres, en tirant au contraire à chaque occasion quelque avantage personnel, quelque bonne seigneurie, quelque gouvernement à ajouter à tous ceux qu’il tenait déjà, eut au moment des états généraux de 1614 maille à partir avec le Parlement.