Le Parlement ne voulait plus en entendre parler, il défendit même qu’à l’avenir on vînt lui demander permission de jouer ces farces. Les basochiens se disposaient pourtant à braver la prohibition, car un second arrêt le 19 juillet 1477 vint à la rescousse, et défendit aux clercs et notamment «à Jean l’Eveillé se disant roi de la Basoche» de jouer sous peine d’être battus de verges par les carrefours de Paris et ensuite bannis du royaume.
Cette fois les basochiens se le tinrent pour dit et rentrèrent leur verve comique, pour quelques années du moins, car on les voit s’y remettre bientôt et jouer le 1er mai 1486 une farce satirique où quelques flèches tombaient sur les choses et les gens de la cour. Charles VIII se fâcha et fit mettre au Châtelet cinq basochiens acteurs ou auteurs, les nommés Baude, Regnaut, Savin, Duluc et Dupuis. Ces basochiens furent transférés ensuite à la Conciergerie, puis réclamés comme ses justiciables par l’évêque de Paris. On jugea la punition suffisante par cet emprisonnement et on les relâcha.
Après une nouvelle interruption, les jeux de la Table de Marbre reprirent sous Louis XII en toute liberté. Le roi laissait se développer librement le penchant du théâtre à la satire, et les basochiens, se sentant la bride sur le cou, comme aussi les confrères de la Passion, ne retenaient point leur verve et se donnaient toutes les licences. Le roi laissait faire avec bonhomie et leur permettait de s’attaquer aux grands personnages et aux choses de la cour, pourvu que l’on ne touchât point à la reine Anne de Bretagne.
A la mort de Louis XII on s’empressa de rogner un peu ces libertés laissées au théâtre, et le Parlement fit défense aux basochiens et aux écoliers des collèges de «jouer farces ou comédies dans lesquelles il serait fait mention de princes et princesses de la cour».
Il paraît ensuite par un arrêt ultérieur, que les basochiens pour obtenir la permission de continuer leurs divertissements, durent s’astreindre à soumettre leurs pièces au Parlement avant de les jouer. Cet arrêt du 23 janvier 1538 établit nettement cette censure, il dit que les basochiens pourront jouer leurs pièces à la Table de Marbre «ainsi qu’il est accoutumé, en observant d’en retrancher les choses rayées». D’autres arrêts revinrent plusieurs fois sur cette obligation à laquelle la Basoche essayait toujours de se soustraire.
En janvier 1552, une de ses pièces ayant été interdite par le procureur général du Parlement, la Basoche, qui avait fait de grands frais pour la monter, protesta contre la défense et ouvrit une instance devant le Parlement, qui maintint la défense mais accorda aux basochiens une indemnité de 80 livres.
LA GRANDE SALLE DE JACQUES DE BROSSE
Ces représentations de la Table de Marbre si chères à toute la population de clercs et de scribes du Palais qu’elles mettaient en liesse, sujet d’ennui parfois pour les graves magistrats, n’étaient point un spectacle fermé ni gratuit. Un public payant remplissait ces jours-là l’immense salle et l’argent récolté servait à solder les frais des représentations, y compris ceux d’un festin qui suivait pour les acteurs et les dignitaires de la Basoche. Le reste s’en allait à la caisse basochiale.
La Basoche au temps de la Ligue se brouilla, elle aussi, avec Henri III. Sans doute elle risqua quelques attaques contre ce roi attaqué, satirisé, vilipendé par tous en sa bonne ville de Paris, par les satiristes, par les bourgeois, par le populaire, par les prédicateurs surtout, la chaire prenant avec lui plus de licence que n’en aurait pu prendre le théâtre le plus libre.