A l’extrême pointe, l’ancien jardin du roi a disparu, et aussi la maison des Etuves, vers 1605, au moment de l’achèvement du Pont-Neuf et de la création de la place Dauphine, triangle de maisons symétriques en pierre et briques. De l’autre côté du Palais, tout le long de la rue de la Barillerie qui va du Pont au Change et de Saint-Barthélemy au pont Saint-Michel, l’ancienne enceinte fortifiée du Palais a été coupée par endroits ou chargée de maisons, montrant une ligne irrégulière de pignons serrés, au milieu desquels s’ouvrent les deux portes du Palais. La plus importante, flanquée de deux tours, au débouché de la rue de la Calandre, donne au pied de la Sainte Chapelle, devant la Chambre des Comptes; l’autre, décorée de deux tourelles en encorbellement, s’ouvre sur la cour du May, en face de la rue de la Vieille-Draperie.
Un reste de rempart crénelé réunit les tours de la grande porte au pignon de la petite chapelle Saint-Michel; de l’autre côté, vers le Pont au Change, des bâtiments divers se pressent sous le double pignon de la Grande salle, avec des tourelles de différentes formes, des toits de toutes tailles, dominés par la haute tour de l’Horloge. De plus, en avant de tout cela, une ligne cahotante d’échoppes, de petites bicoques parasites s’accroche au rez-de-chaussée des maisons, des poternes du palais, des remparts et des tours. Ces échoppes ne s’arrêtent pas à la tour de l’Horloge, elles tournent sur le quai des Morfondus nouvellement achevé.
PORTE DU PALAIS DONNANT SUR LA COUR DU MAY
Jusqu’en 1580, une berge irrégulière, un talus herbeux plus ou moins haut, avait bordé la Seine sous les tours du Palais; on commença sous Henri III les travaux du quai en même temps que l’on travaillait au Pont-Neuf, mais ils ne furent terminés qu’en 1611. Ce quai de l’Horloge, exposé au nord, balayé par les brises de l’hiver, fut gratifié du surnom expressif de quai des Morfondus, par les gens qui le traversaient en soufflant sur leurs doigts ou en s’enveloppant jusqu’au nez dans leurs manteaux. Plus tard, en raison des commerçants, lunettiers, ou opticiens, qui occupaient les boutiques vers le Pont-Neuf, on l’appela aussi quai des Lunettes.
LA GRANDE PORTE DU PALAIS, COUR DE LA SAINTE-CHAPELLE, CÔTÉ INTÉRIEUR
De la tour de l’Horloge à la Conciergerie et à la Tournelle le bas des vieux murs du Palais disparaît de même sous les constructions parasites; les tours de la Conciergerie et la tour Bonbec en sont ceinturées jusqu’à mi-corps. Au-dessous se poursuit la ligne d’échoppes, de petites boutiques largement ouvertes pour des étalages que protègent les larges auvents.
Pénétrons maintenant dans la grande cour du Palais, que la Sainte-Chapelle subdivise en deux parties: cour du May et cour de la Sainte-Chapelle. Sur le revers de l’enceinte du Palais, bordant la rue de la Barillerie, on voit l’autre face de la longue ligne de maisons coupées de tours et de tourelles, plus pittoresques encore de ce côté que de l’autre, et garnies de même des petites échoppes collées et tassées au bas des pignons. En face, au pied du grand perron, les petites boutiquettes se pressent et montent sur les côtés du degré; elles sont plus serrées encore sous le Trésor des Chartes dont elles cachent la base, elles tournent autour de la Sainte-Chapelle, incrustées entre les piliers.
Le côté méridional de la Sainte-Chapelle est longé par le grand degré couvert montant à la chapelle supérieure, ou escalier de Louis XII, ruiné par la chute de la flèche incendiée avec le comble en 1630. On s’est contenté de refaire assez grossièrement les voûtes effondrées de cet escalier; à l’entrée du degré les débris tronqués des anciens piliers de Louis XII semés de fleurs de lis sculptées, donnent encore une idée de la beauté de l’œuvre détruite. Les échoppes, les petites maisonnettes arrivent au bas des marches, emboîtent les piliers ruinés et grimpent le long de la rampe extérieurement et intérieurement pour aller se rattacher aux boutiques qui garnissent à l’intérieur la galerie aux Merciers.