Alors eut lieu la fameuse affaire dite du pain de Gonesse. Le prince de Condé avait résolu, pour empêcher le ravitaillement de Paris, de jeter à l’eau toutes les farines de Gonesse et des environs, mais le maréchal de la Mothe-Houdancourt le prévint et tomba sur Gonesse pendant que l’armée parisienne déployait ses bataillons dans la plaine. Toutes les farines et tout le pain qui se trouvaient à Gonesse purent être ramassés et amenés dans Paris, cette fois sans aucune perte d’hommes.
Au bout de quelque temps cependant, la situation restant à peu près stationnaire, sans que la victoire parût pencher d’un côté plutôt que de l’autre, chacun des deux partis sentit la nécessité de négocier. Pendant que les officiers s’égayaient, que les milices bourgeoises paradaient sous le harnais militaire, les intrigues s’ourdissaient, la cour faisait travailler le Parlement dans des conférences tenues à Rueil.
INTÉRIEUR DE LA SAINTE-CHAPELLE BASSE (MAGASIN A FARINES EN 1793)
On finit par se mettre d’accord: les princes, ayant vendu leur soumission, se retiraient de la Fronde, le Parlement licenciait ses troupes, rendait l’Arsenal et la Bastille, la reine promettait amnistie et oubli de tout le passé. Mais la populace ne désarmait pas et ne voulait entendre parler de la paix: «Point de paix, point de Mazarin!» criait-elle sur le passage des négociateurs. Quand on apprit que le traité, loin de mentionner le renvoi de Mazarin, portait même sa signature, il y eut une explosion de colère. Le Palais de Justice fut envahi le 13 mars; des furieux armés forcèrent l’entrée de la Grande Chambre, voulant qu’on leur livrât les négociateurs pour les assommer. Les fureurs s’échauffant encore dans le tumulte, peu s’en fallut que ces forcenés ne missent leurs menaces à exécution. Le président Molé lutta courageusement, et, le pistolet sur la gorge, s’efforça de leur faire entendre raison. Il dut leur céder la place, mais refusa de s’en aller comme on le lui proposait par un passage détourné: «Je ne commettrai pas cette lâcheté, dit-il, qui ne servirait qu’à donner de la hardiesse aux séditieux; ils me trouveraient bien dans ma maison, s’ils croyaient que je les eusse appréhendés ici!»
Le coadjuteur était aussi au Palais ce jour-là ainsi que le roi des Halles, usant de toute leur popularité pour calmer maintenant cette foule qu’ils avaient naguère mise en branle, cajolant les uns, suppliant les autres, s’épuisant à commander et menacer.
Ce furent Gondi et Beaufort qui, profitant d’un instant de calme relatif, firent sortir le Parlement assiégé, en tenant l’un et l’autre les présidents Molé et de Mesmes embrassés et en les couvrant de leurs corps, pendant que les huissiers en tête fendaient la foule. «Ce jour-là, raconte le coadjuteur, au milieu des clameurs du peuple, nous entendîmes quelques voix qui criaient: République!»
Le traité remanié ne fut définitivement signé que le 1er avril. Au Te Deum chanté à Notre-Dame en réjouissance de la paix, la presse était si grande que, du portail à l’entrée du chœur, le Parlement mit plus d’une heure à traverser la foule.
Paris rentra dans la vie régulière, marchands et artisans abandonnèrent le mousquet et se remirent au travail. La reine bouda la ville quelque temps et ne rentra qu’en août avec Mazarin que les Parisiens purent apercevoir dans le carrosse du roi.
La Fronde n’était pourtant pas morte, la campagne de chansons et de libelles continuait contre le Mazarin, ainsi que les menées des princes toujours mécontents. Le prince de Condé, le vainqueur des Parisiens, à son tour, entrait en lutte avec Mazarin, tandis que celui-ci, habile stratégiste en intrigues, s’efforçait de semer la division parmi ses ennemis.