On ferraillait assez volontiers entre mazarins et frondeurs, entre princes même, on se tirait aussi des coups d’arquebuse, il y eut des meurtres sérieux et aussi des tentatives d’assassinat simulées. Pour essayer de rallumer les troubles, quelques frondeurs, on dit même le coadjuteur, organisèrent un faux attentat sur la personne d’un conseiller du parti, et aussitôt des gens apostés s’en vinrent crier jusqu’au Palais: «Aux armes! Trahison de Mazarin!»

Une embuscade fut tendue en plein jour sur le Pont-Neuf au prince de Condé. Celui-ci, averti qu’on le voulait tuer, chargea l’un de ses gentilshommes, nommé Violard, de s’assurer du bien-fondé de l’avis. Violard accepta la mission, fit monter quelques laquais dans le carrosse du prince et partit avec eux, mais eut grand soin de descendre à l’entrée du pont. Le carrosse arrivait à peine au Cheval de bronze qu’une fusillade éclata; l’un des laquais fut tué raide.

L’affaire fit un bruit énorme, le prince de Condé accusait le coadjuteur Gondi, le duc de Beaufort et même le vieux Broussel. C’était probablement Mazarin qui avait ourdi l’affaire pour mettre ses ennemis aux prises.

Devant le Parlement, saisi d’une requête de Condé, comparurent le coadjuteur et Beaufort. Chacun avait amené des troupes d’amis armés; la Grande salle était déjà remplie d’une cohue bruyante où l’on échangeait injures et menaces, où des rixes même s’engageaient. Quant au Parlement, chacun de ses membres était venu avec un poignard dans sa poche.

L’affaire traîna en longueur. Un coup de théâtre la termina le 16 janvier 1650. La reine et Mazarin faisaient arrêter au Louvre le prince de Condé, ancien général de l’armée royale, le prince de Conti, ancien généralissime des Parisiens et le duc de Longueville, aussitôt conduits à Vincennes sous bonne escorte. Paris, au premier moment, croyant que les prisonniers étaient Beaufort et le coadjuteur, recommençait la sédition faite pour Broussel, mais Beaufort et Gondi triomphants se hâtèrent de parcourir la ville pour se faire voir en cavalcade aux flambeaux, et les Parisiens, aussitôt satisfaits et calmés, de pousser des acclamations et d’allumer des feux de joie par tous les carrefours.

PORTAIL DE L’ÉGLISE DES BARNABISTES
AUTREFOIS SAINT-ÉLOI, TRANSPORTÉ EN 1860 A L’ÉGLISE DES BLANCS-MANTEAUX

Maintenant la Fronde entre dans une nouvelle phase, c’est la guerre des partisans des princes en province. Paris n’y prend point part, il se contente de continuer contre Mazarin sa campagne de chansons. Le coadjuteur, à qui la cour avait promis le chapeau de cardinal pour le détacher de la Fronde, et qui ne voit pas venir ce chapeau, se retourne contre Mazarin et attend l’occasion de reprendre la lutte autrement.

Toute l’année 1650 se passa ainsi. Au commencement de l’année 1651, à force de libelles et d’intrigues, les choses avaient assez tourné pour qu’on vît la Fronde, battue en province, renaître à Paris et le Parlement avec les anciens frondeurs réclamer la liberté du prince de Condé, leur ancien ennemi. En même temps, le Parlement fulminait contre Mazarin; le 9 février 1651, un arrêt du Palais ordonnant au cardinal, à sa famille et à ses serviteurs étrangers de vider le royaume dans la quinzaine, fut publié à son de trompe dans la ville et causa des transports de joie. Le cardinal était déjà parti à Saint-Germain, la reine se préparait à le rejoindre avec le jeune roi. C’est alors que, sur le bruit de cette fuite, le soir du 10 février, le peuple se porta sur le Palais-Royal et l’envahit pour s’assurer de leur présence.

Mazarin, par un autre coup de théâtre, mit les princes en liberté. Il reprenait sa tactique de mettre les adversaires aux prises entre eux, avec l’espoir qu’ils s’entre-déchireraient. La lutte s’ouvrait alors entre le prince de Condé et le coadjuteur, c’est-à-dire entre la grande Fronde, le parti du coadjuteur et des vieux frondeurs, et la petite Fronde, le parti de Condé. On laissait ainsi Mazarin dans une paix relative, les libellistes du Pont-Neuf étant occupés à défendre ou attaquer Gondi ou Condé.