M. de Brissac satisfaisait une rancune personnelle en s’attaquant au roi. Pour quelques revers éprouvés par lui, en combats sur mer ou en batailles sur le plancher solide des gendarmes, Henri III avait dit qu’il n’était bon ni sur la terre ni sur l’eau. Furieux du mot, Brissac se jeta plein d’ardeur dans la rébellion parisienne.

—Pour le moins, dit-il, le roi saura que j’ai trouvé mon élément et que je suis bon sur le pavé!

Il le prouva bien avec ses écoliers, en recevant vigoureusement les troupes royales à coups d’arquebuse, en les repoussant la pertuisane dans le flanc, sous la grêle des pavés qui leur tombait des fenêtres, et il ne tint pas à lui de le prouver encore davantage, quand l’affaire fut bien en train dans tout Paris, en prenant le Louvre avec les bandes écolières, avec les troupes de moines armés et casqués, marchant mèches allumées, les prédicateurs en tête, pendant que d’un autre côté, le duc de Guise conduisait les bourgeois de la rive droite, les compagnies de la rue Saint-Denis. Par bonheur pour lui, Henri III put sortir à temps et courir jusqu’à Saint-Cloud, où le rejoignirent les troupes qui décampaient de la ville guisarde.

LE COUVENT DES GRANDS-AUGUSTINS, LA PROCESSION DE HENRI III

Cependant l’Université, qui s’est jetée à corps perdu dans le mouvement de la Ligue, en souffre bientôt d’une terrible façon. Les études sont mortes, les collèges sont presque abandonnés, les écoliers peu à peu se dispersent, ceux venus de l’étranger ou des provinces sont retournés chez eux, les autres meurent de faim ou se font soldats. Élèves et maîtres cèdent la place à des troupes espagnoles casernées dans les vieux logis de la science. Les rues des études retentissent des tambours du duc de Féria, on voit dans les cours des collèges, au lieu de régents et d’écoliers, des bourgeois en train d’apprendre, sous la direction de quelques lansquenets, le maniement de la pique ou du mousquet. Les locaux non confisqués par les troupes s’emplissent de paysans des environs de Paris, réfugiés ici avec leurs meubles et leurs bestiaux.

C’est la guerre civile qui se prolonge avec toutes ses misères, c’est Paris assiégé. On a fait roi sous le nom de Charles X le cardinal de Bourbon, abbé de Saint-Germain des Prés; celui-là mort, on en veut faire un autre qui ne soit pas le Béarnais.

JOURNÉE DES BARRICADES. LES ÉCOLES DESCENDANT A LA PLACE MAUBERT

Moines et sorbonnagres n’ayant plus à déclamer contre Henri III, «ce vilain Hérode, concierge du Louvre, marguillier de Saint-Germain l’Auxerrois et de toutes les églises de Paris, gauderonneur des collets de sa femme et friseur de ses cheveux, etc.,» donnent de toute leur fureur contre Henri de Navarre, suppôt de l’enfer, dont l’armée enserre Paris. Le conseil de la Sainte-Union pèse par la terreur comme un comité de Salut public sur tous ceux qui, par raison, par politique ou par fatigue, voudraient un accommodement. On a pendu le prudent Brisson et on menace de pendre ou daguer tout ce qui ne marche pas d’enthousiasme avec les Seize.