Richelieu, grand maître de la Sorbonne, apporte de l’ordre dans cette Université si profondément troublée par un siècle de bouleversements. Dans l’antique maison de Sorbonne, reconstruite par lui, siègent les docteurs en bonnet carré, les terribles ergoteurs que les aspirants aux grades n’abordent qu’en tremblant. Qu’une belle perruque sous ce bonnet carré complète bien les graves personnages et leur prête de la majesté!
Le jansénisme plus tard viendra, dans le grand siècle régulier, apporter quelques rumeurs discrètement adoucies des querelles religieuses d’antan. Rollin, le bon et illustre principal du collège de Beauvais, recteur de l’Université, est janséniste, et la lutte qu’il doit soutenir se termine par son expulsion au milieu des larmes de tout le personnel de son collège, maîtres et élèves.
Tous ces collèges du moyen âge, de petit et de haut enseignement, les uns prenant les écoliers enfants, après les écoles de paroisses, dès le commencement de leurs études comme nos collèges d’aujourd’hui, les autres simples nids de boursiers venant dans les collèges de plein exercice conquérir leurs diplômes et se faire recevoir maîtres ès arts, licenciés, docteurs, disparaissaient peu à peu dans le cours des deux derniers siècles.
Les collèges de moindre importance furent absorbés par les grands. En 1763, une réforme générale de l’Université décida la suppression des derniers petits collèges et ne conserva que dix établissements: la Sorbonne, Louis le Grand, Lisieux, Cardinal Lemoine, de la Marche, des Grassins, d’Harcourt, de Montaigu, de Navarre et des Quatre Nations. Les bourses et les titres de quelques-uns se maintenaient encore, mais leurs boursiers appartenaient à ces dix collèges. La Révolution ne trouva que ceux-là en exercice.
On sait que Louis le Grand subsiste, que d’Harcourt est devenu Saint-Louis et que le collège de Navarre, réuni à Tournai et à Boncourt, est aujourd’hui l’École polytechnique.
Ces collèges, prospères pour la plupart, avaient reconstruit leurs vieux bâtiments du moyen âge ou les avaient transformés au XVIIIᵉ siècle. Ils n’en étaient pas plus beaux ni plus gais, loin de là! Chez quelques-uns, tristes geôles aux cours sombres enserrées de plus en plus dans les grandes bâtisses et les maisons surélevées, la Révolution eut peu à faire pour les changer en prisons.
La Sorbonne, ce vieux collège de théologie du temps de saint Louis, ayant fait sa soumission au roi Henri et désavoué publiquement et solennellement tout ce qu’elle avait pu dire et faire au temps de la détestable rébellion de la Ligue, était rentrée en grâce. On reconnut l’insuffisance de ses vieux bâtiments, et le cardinal de Richelieu, qui était proviseur ou grand maître élu de la Sorbonne depuis 1622, en entreprit la reconstruction sur un vaste plan, en s’agrandissant aux dépens de quelques petits collèges voisins. Un quadrilatère de bâtiments solennels et tristes enferma une vaste cour, au fond de laquelle s’éleva l’église, monument d’un style à la fois noble et solennel, élégant et sévère qui semble bien cadrer avec la figure du grand cardinal. L’édifice est de l’architecte Jacques Lemercier, la première pierre en fut posée par Richelieu le 15 mai 1635.
La coupole qui surmonte l’église lui donne malgré ses recherches d’élégance une lourdeur triste qui va bien aussi au caractère de ce temple de la théologie scolastique, antre antique de la fameuse Thèse Sorbonnique, grande et petite, couronnement de dix ou douze ans d’études, disputes et argumentations. Cette épreuve décisive durait treize heures pendant lesquelles «sans boire ni quitter la place» le patient, avant de recevoir son bonnet de docteur en Sorbonne, devait tenir tête à tous les docteurs et ergoteurs de la maison se relayant de deux heures en deux heures pour l’assaillir, l’attaquer de tous les côtés, le retourner de toutes les façons.
Jusqu’à la Révolution, la cloche de la nouvelle Sorbonne, comme celle de l’ancienne, sonne le couvre-feu pour le quartier des Écoles. Villon le dit:
... Je ouys la cloche de Sorbonne
Qui toujours à neuf heures sonne...