ce qui n’empêchait guère messieurs les clercs d’occuper leurs soirées autrement qu’à repasser leurs cahiers et n’assurait point la tranquillité des carrefours.
Le terrible cardinal restaurateur de la Sorbonne a son tombeau dans cette église, un mausolée de marbre, édifié sur les dessins de Le Brun en 1694, avec son effigie sculptée par Girardon. Et la coupole de Richelieu continue de planer sur la Sorbonne moderne encore une fois renouvelée et agrandie, en train de pousser sur la vieille Montagne des Études.
Une autre coupole et un édifice d’un style moins sévère rappelle un autre cardinal tout en donnant l’hospitalité à une fondation de Richelieu. C’est la coupole du collège des Quatre-Nations aujourd’hui palais de l’Institut, siège de l’Académie aux quarante fauteuils, créée par le grand cardinal ministre, auteur de tragédies rimées moins fortes que les drames réels de l’histoire où il mit la main.
Par son testament de 1661, le cardinal Mazarin légua une forte somme, dont deux millions affectés à la construction, pour la fondation d’un collège Mazarin destiné à donner l’éducation à soixante gentilshommes des provinces de Pignerol, d’Alsace, de Flandre et de Roussillon. Les terrains de l’hôtel de Nesle furent achetés; avec un tas de vieux bâtiments souventes fois rafistolés et d’une si pittoresque vétusté, on jeta bas la porte de Nesle et aussi la vieille tour qui allait si bien à ce côté de Paris, cavalièrement plantée là comme une aigrette sur un casque, et bientôt, transformant radicalement ce vieux quartier à la pointe du Pré-aux-Clercs, tels des alexandrins pompeusement alignés succédant à des vers pittoresques de ballades à la Villon, s’élevèrent les bâtiments en hémicycle, les pavillons d’angles à grands toits, la façade à fronton et la coupole du collège des Quatre-Nations. Cette coupole, c’était la chapelle au milieu de laquelle, comme Richelieu à la Sorbonne, reposait Mazarin dans un riche mausolée sculpté par Coysevox, transporté maintenant au Louvre.
ANCIENNE BIBLIOTHÈQUE SAINTE-GENEVIÈVE
Sur la gauche et juxtaposés aux constructions du collège s’élevèrent en même temps les bâtiments de la Bibliothèque Mazarine, collection formée par les soins de Gabriel Naudé, ancien bibliothécaire de Richelieu, laquelle, première bibliothèque ouverte au public à Paris, avait durant la vie du cardinal occupé d’abord l’hôtel en pierres et briques du coin des rues Vivienne et Neuve-des-Petits-Champs et s’était logée ensuite en de nouvelles galeries construites au-dessus des chevaux de Son Éminence, sur l’emplacement occupé par la Bibliothèque nationale actuelle.
Les livres du cardinal, augmentés de beaucoup d’autres, sont encore aujourd’hui dans les bâtiments grisâtres de la Bibliothèque Mazarine, au fond des cours graves et silencieuses, si complètement en dehors du courant bruyant de la vie moderne.
La Révolution ferma ce collège de gentilshommes et l’utilisa comme tant d’autres en prison. A côté de cette prison, dans les bâtiments où siègent aujourd’hui les quarante, tint séance pendant quelque temps le comité de Salut public, terrible prédécesseur des Académiciens d’aujourd’hui.
M. Cocheris rapporte qu’alors, au plus fort de la Terreur, un prêtre proscrit caché dans une chambrette de l’édifice, dit chaque jour sa messe juste au-dessus de la salle où siégeait le terrible comité.