L’hôtel de Cluny, Guise, Soubise.—Marguerite ou Miséricorde?—Les mauvais garçons de Pierre de Craon.—L’assassinat de Clisson.—MM. de Guise, rois de la très sainte Ligue.—La citadelle des Ligueurs.—Le Balafré aux Barricades.—Mˡˡᵉ de Montpensier.—L’hôtel aux Soubise.—Le séjour Barbette.—La reine Isabeau.—Meurtre du duc d’Orléans.—La lampe du meurtrier.—Savoisy.—L’hôtel du roi de Sicile.—Mᵐᵉ de Lamballe à la Force.

AU quartier du Temple, dans la rue du Chaume qui continue la rue de l’Homme-Armé, le connétable Olivier de Clisson en 1370 éleva pour «soi demeurer pendant ses séjours à Paris» un hôtel point trop éloigné de l’hôtel royal Saint-Paul, un peu en dehors de l’ancienne enceinte de Philippe-Auguste, remplacée depuis peu par la muraille d’Étienne Marcel.

PORTE DE L’HÔTEL DE GUISE, MAINTENANT PALAIS DES ARCHIVES

Cet hôtel de Clisson, modifié et augmenté, devint plus tard l’hôtel de Guise et tint en cette qualité une place considérable dans l’histoire de Paris, en reprenant dans les troubles du XVIᵉ siècle, le rôle de l’hôtel de Bourgogne dans les guerres civiles du XVᵉ siècle. Modifié encore, reconstruit, il fut au XVIIIᵉ siècle l’hôtel Soubise et il est maintenant le palais des Archives. Après avoir fait de l’histoire, il abrite ce qui en est le résidu aujourd’hui, gardant entre ses murs toutes les innombrables et précieuses paperasses, chartes, diplômes, dossiers, lettres, etc., poussière des siècles vécus, lave refroidie des Révolutions, dernières traces de tant de grands faits, de nobles ou criminelles actions, de grands travaux et d’intrigues tortueuses, d’événements lointains qui ont passionné les esprits, terrifié ou réjoui les cœurs, fait couler les larmes et le sang des générations successives...

De l’hôtel de Clisson il reste la porte, une belle entrée d’aspect militaire comme il convenait à une demeure de connétable, une haute ogive protégée par deux tourelles en encorbellement. La tourelle de droite a bien été un peu attaquée et amaigrie par les architectes du siècle dernier, à qui nous devons savoir gré d’avoir oublié de la démolir, mais la porte du connétable n’en souffre pas trop; les deux écussons peints au-dessus de la voûte portent les armes de la maison de Guise compliquées d’armoiries d’alliances et de chiffres.

Plus haut, se voit gravée dans la pierre une grande M, initiale mystérieuse sur laquelle on a beaucoup disserté. A Josselin en Bretagne, dans l’église où dort le connétable sous un beau tombeau mutilé, l’M se trouve partout, alternant avec des Marguerites presque effacées, c’était l’initiale de Marguerite de Rohan sa femme. D’après la légende de l’hôtel de Clisson, cela voudrait dire aussi Miséricorde et rappellerait un épisode des insurrections parisiennes du règne de Charles VI.

En 1382, au retour de l’expédition victorieuse de Flandre, Charles VI, alors enfant de quatorze ans, trouva Paris en armes, atterré par la nouvelle de la victoire de la noblesse à Rosebecke, alors que les bandes parisiennes s’étaient préparées à joindre leurs efforts à ceux des Flamands. Cette nouvelle révolte des Maillotins fut plus sévèrement châtiée que celle de l’année précédente. Le roi et les princes ses oncles, en trois «batailles», dont Clisson commanda la première, entrèrent dans Paris par les portes rompues et abattues. Clisson avait la main dure et le fit sentir aux révoltés. Après avoir pris tout ce qui avait marqué dans la sédition, et décapité aux Halles les principaux meneurs, on désarma Paris, on enleva les chaînes des rues; il fallut livrer les maillets, arbalètes, vouges, fauchards, et tout les harnois de guerre «et disait-on qu’il y en avait assez pour armer cent mille hommes».

Des bourgeois compromis restaient aux prisons attendant leur sort. Un jour le peuple de Paris fut convié au Palais de Justice. Sur les degrés de la cour un siège avait été élevé pour le petit roi, qu’entouraient ses oncles et ses capitaines et ses conseillers. Le chancelier d’Orgemont prit la parole, semonça véhémentement les Parisiens, rappela toutes leurs séditions et commotions, et les crimes et délits commis dans les désordres, puis arrivèrent les familles des prisonniers, «les dames et demoiselles toutes déchevelées» qui se jetèrent aux pieds du roi criant miséricorde; les oncles du roi, les capitaines en firent autant et le peuple à genoux, nu-tête, de tous les points de la cour du palais, clama de même: Miséricorde!