Que de maux découlèrent de ce meurtre manqué rue Culture-Sainte-Catherine: les longues guerres civiles pendant la démence du roi et la jeunesse de Charles VII, la lutte des princes s’arrachant villes dévastées et provinces ravagées, les féroces massacres des partis, cruelles meurtrissures auxquelles vinrent s’ajouter encore les désastres de la guerre anglaise, comme pour achever de faire un cadavre de la France pantelante.

Pierre de Craon ne fut pas pris; mais il eut tous ses biens confisqués, son logis de Paris fut rasé et l’emplacement ajouté au cimetière Saint-Jean; la ruelle qui longeait les murs du logis et dont il reste un fragment, prit alors, pense-t-on, le nom de rue des Mauvais-Garçons. Plus tard Craon repentant fit, en signe d’amende honorable, élever dans le cimetière, à l’endroit où avait été sa maison, une croix de pierre portant son nom et l’aveu de son crime.

L’hôtel de Clisson, après avoir passé dans diverses mains, devint en 1553 la propriété d’Anne d’Este, femme de François de Lorraine, duc de Guise. Les Guises, par diverses adjonctions et bâtisses agrandirent considérablement l’ancien logis de Clisson et formèrent le très haut et très vaste hôtel à deux grandes cours, avec jardins derrière et sur les côtés, que l’on peut voir sur le plan de Paris de Gomboust, tenant déjà tout le pâté de bâtiments de la rue des Quatre-Fils à la rue des Francs-Bourgeois.

Dans cet immense hôtel magnifiquement installé et meublé, orné de peintures murales du Primatice, décoré de tapisseries merveilleuses qui étaient, d’après Sauval, avec celles du Vatican et du Louvre, les plus belles du monde, les Guises tenaient une véritable cour et pouvaient loger une suite considérable de gentilshommes attachés à leur fortune, garnison qui s’augmenta, aux jours critiques, de soldats et de partisans nombreux.

A François de Guise, défenseur de Metz, assassiné sous Orléans par Poltrot de Méré, succéda Henri de Guise le Balafré qui devait périr à Blois. Dans l’Etat bouleversé par les factions, au moment le plus terrible des guerres de religion, la maison de Guise si rapidement élevée, n’ayant plus de frein à ses ambitions, pouvait tout espérer. Elle avait déjà les cœurs d’une bonne partie des Français détachés des Valois dégénérés; Paris conquis par ses curés et ses prédicateurs, par les meneurs fanatiques, était Guisard. Les Guises pouvaient nourrir l’espoir de culbuter les fils de l’italienne Catherine de Médicis, de rejeter en sa Gascogne ou supprimer le Béarnais, cet Henri de Bourbon que Charles IX avait épargné à la Saint-Barthélemy, puis, cet héritier du trône écarté, d’enlever le trône de France au roi des Mignons, à cet Henri III méprisé, que les ciseaux de la duchesse de Montpensier comptaient bien tonsurer pour en faire frère Henri de Valois.

En ces années tumultueuses, de 1560 à 1594, l’hôtel de Guise est une citadelle rivale du Louvre. C’est là que les ligueurs prennent le mot d’ordre, les gens de robe, intrigants, parlementaires ou sorbonnistes, les gens d’épée cherchant le bon parti, les bourgeois remuants, les terribles Seize. Le fil de toutes les intrigues secrètes aboutit ici et c’est d’ici que part le signal de toutes les complications qui viennent embrouiller et compléter l’anarchie du pauvre royaume.

Autant et plus que le Louvre, l’hôtel de Guise a trempé dans le sang de la Saint-Barthélemy; la tentative d’assassinat de Maurevel sur Coligny y fut tramée, et c’est le duc de Guise, dans son hôtel changé en place de guerre et rempli de soldats, qui organisa le massacre, donna l’ordre au prévôt des marchands et aux échevins de préparer leurs gens.

LES PRÉDICATEURS DANS LE JARDIN DES JACOBINS DE LA RUE SAINT-JACQUES, SOUS LA LIGUE

AU FOND LES ÉCOLES SAINT-THOMAS, DÉMOLIES VERS 1850