Ce vendredi la reine-mère monte en sa chaise et, péniblement, à travers la foule armée, à travers les retranchements des rues «si dru semés» où elle obtient difficilement passage, elle se dirige vers l’hôtel de Guise, quartier général de l’insurrection déchaînée. Elle tente une dernière démarche auprès du duc de Guise, le suppliant d’éteindre tant de feux allumés et de venir s’entendre avec le roi disposé à toutes les concessions. Le duc de Guise répond froidement qu’il n’y peut plus rien, que le peuple est un taureau échappé qu’on ne peut plus retenir: il déplore l’état des choses, mais quant à aller au Louvre il s’y refuse absolument, ne voulant se mettre à la merci de ses ennemis.
TOURELLE HEROUET, RUE VIEILLE-DU-TEMPLE
Cette démarche cependant sauve peut-être le roi, car pendant ces négociations, les colonnes ligueuses qui se préparent à marcher sur le Louvre ne reçoivent point les ordres de Guise et l’appoint de soldats dont le courage éprouvé doit donner de la vigueur à l’attaque. Guise tergiverse et va laisser échapper la proie qu’il tient presque en sa main. Henri III, prévenu par sa mère, comprend que s’il reste un instant de plus il est perdu, et il se décide à une fuite précipitée.
Jamais plus il ne remettrait le pied dans Paris; il ne devait le revoir que de loin, des hauteurs de Saint-Cloud quand il essaya de tenir son serment d’y rentrer par la brèche. Mais alors l’arrêta le couteau du cordelier Jacques Clément, mis en la main du moine par la duchesse de Montpensier qui, à la journée des Barricades, n’aurait pas eu les hésitations de son frère.
Dans son journal, l’Estoile raconte qu’à la nouvelle de cette fuite qui renversait tous les plans des Guisards, «un quidam dit que les deux Henri avaient tous deux bien fait les ânes,» l’un pour n’avoir pas eu le cœur d’exécuter ce qu’il avait entrepris, c’est-à-dire de faire tuer Henri de Guise à sa visite au Louvre et fait donner sérieusement ses troupes dès le commencement du soulèvement, et l’autre pour avoir le lendemain laissé échapper la bête qu’il tenait en ses filets.
L’hôtel de Guise, n’ayant point réussi à force ouverte, reprit sa politique de feintes et de machinations, qui devaient bien étonner le bon badaud ligueur ne voyant pas plus loin que le bout de sa hallebarde; le duc de Guise pour reprendre contact avec le roi réfugié à Chartres, ouvrit les négociations par une singulière ambassade, une procession de capucins conduite par frère Ange, un Joyeuse qui s’était fait moine et qui plus tard redevint homme d’épée. C’était une procession ridicule ou plutôt une mascarade.
En tête des Capucins, frère Ange déguisé en Jésus-Christ couronné d’épines lié et garrotté, marchait sous les coups de fouet entre deux femmes représentant Marie et Madeleine; des soldats venaient derrière en costumes burlesques, portant en guise de casques des marmites renversées et brandissant de vieilles armes rouillées.
On négocia; par un accord signé entre le roi et les princes, le duc de Guise fut nommé lieutenant général du royaume. S’y croyant tout autant qu’à Paris le maître de la situation, il alla aux États réunis à Blois, où les élections avaient envoyé une majorité ligueuse, où le président du Tiers était La Chapelle-Marteau, un des Seize, un des chefs de la journée des barricades, devenu prévôt des marchands de par les Guise.
Cette fois le roi osa et deux des Guise périrent, le Balafré et le cardinal.