A l’hôtel de Guise il ne restait plus que Mayenne et la duchesse de Montpensier; la déchéance du roi fut proclamée dès qu’arriva la nouvelle du meurtre et Mayenne, prenant la présidence du conseil général de l’Union, se nomma lieutenant général. Paris vécut dans l’effervescence révolutionnaire, on pendit, on emprisonna les royaux et les politiques, pendant que l’armée de Mayenne manœuvrait autour de Paris contre l’armée royale formée des troupes combinées d’Henri de Valois et d’Henri de Navarre. Quand, à la fin de juillet 1589, les deux rois vinrent attaquer Paris, les Seize firent «reserrer» en toutes les prisons de Paris environ trois cents bourgeois des plus apparents et notables, pris comme otages, et la duchesse de Montpensier, à l’hôtel de Guise, eut des conférences avec le petit cordelier Jacques Clément amené par le prieur Bourgoin. Bien caressé et catéchisé, enflammé par des promesses de toutes sortes, celui-ci s’en alla résolument à Saint-Cloud, et son couteau vengea l’assassinat de Blois.
L’hôtel de Guise savourait la joie de la vengeance; la duchesse et ses gentilshommes prirent l’écharpe verte en signe d’allégresse, mais tout n’était pas fini, car il restait Henri de Navarre devenu le grand adversaire. Celui-ci après sa victoire d’Ivry revint attaquer Paris. Dans la ville assiégée, affamée, affolée, le foyer révolutionnaire entretenu par les Guises flamba si fortement, devint si dangereux, les Seize, en vrai comité de salut public, poussés par le curé Boucher qui était une sorte de Marat pensionné par l’Espagne, allèrent si loin dans leurs fureurs démagogiques que Mayenne les voyant dépasser de beaucoup ses plans, dut se hâter d’intervenir et de faire pendre quelques-uns de ceux qu’il avait précédemment le plus caressés.
Mais après cinq années encore d’agitations, l’hôtel de Guise d’où sont sortis tant de maux pour la France et pour Paris en particulier, ce palais de la Ligue responsable de toutes les horreurs déchaînées, des férocités de la populace guisarde, de la guerre civile, de l’appel aux Espagnols, de la terrible famine du siège, l’hôtel de Guise est enfin vaincu.
Le fils du Balafré et Mayenne lui-même peu après, essoufflé par cinq années de campagnes, firent leurs accommodements avec Henri IV victorieux partout, maître de Paris, oint de la Sainte-Ampoule et rentré dans le giron de l’Église catholique. L’hôtel de Guise humilié, déçu dans ses ambitions n’est plus ce quartier général de la rébellion qu’il a été tant d’années; Mayenne s’en va bâtir un hôtel particulier, en face de celui de Sully son vieil ennemi, dans la rue Saint-Antoine. L’hôtel de Guise, silencieux maintenant, reste pendant un siècle encore aux mains des descendants du Balafré, seigneurs opulents qui ont renoncé aux grands rêves et dont l’ambition ne trouble plus l’État. On ne loge plus de conspirateurs à l’hôtel de Guise, ses immenses bâtiments que la foule des traîneurs d’épée ne remplit plus, donnent l’hospitalité à des protégés de la maison de Lorraine, à de tranquilles gens de lettres, entre lesquels Corneille pendant quelque temps.
En 1700, l’hôtel passa aux princes de Soubise. Alors tombèrent les vieilles murailles pour la transformation du terrible hôtel, à l’aspect grave et solide, en un palais XVIIIᵉ siècle largement ouvert, somptueusement orné et décoré. Il ne resta pour rappeler le temps des Guises qu’un bel escalier de pierre dont la rampe de fer est ornée de croix de Lorraine. Les parties de murailles que l’on conserva furent transformées et complètement déguisées par de nouvelles dispositions et par une décoration à la mode nouvelle. Portique à colonnes corinthiennes, vaste cour d’honneur encadrée d’une colonnade à terrasse, grande façade avec fronton central, statues et sculptures diverses; appartements magnifiques dont la décoration est due à Germain Boffrand, boiseries splendides, plafonds, trumeaux, bas-reliefs, dessus de portes, on trouve là toute la grâce, toute l’élégance du XVIIIᵉ siècle. Tout cela, quand arriva la Révolution, allait être mis en vente par les créanciers des Soubise.
Un moment, la Révolution triomphante vint réveiller à l’hôtel de Guise l’écho des anciennes séditions. Un jour des gens armés envahirent les cours, c’étaient les vainqueurs de la Bastille qui venaient entasser dans l’hôtel quarante-cinq milliers de poudre trouvés dans la forteresse. Les poudres parties, des ateliers divers pour l’armement de la nation les remplacèrent, avec un détachement de hussards Chamboran casernés dans les parties disponibles.
Enfin l’Empire, en 1808, achète l’hôtel Soubise en même temps que l’hôtel de Rohan qui le touche par les jardins. Il fait de celui-ci l’Imprimerie nationale et donne à celui-là son affectation actuelle de grand dépôt des Archives nationales et d’École des Chartes.
Tout près de ce logis de Clisson et des Guises, s’élevait l’hôtel d’un riche financier du XIVᵉ siècle, Étienne Barbette, prévôt de Paris et argentier ou surintendant des finances de Philippe le Bel. C’était un Séjour, un manoir de campagne situé en dehors de l’enceinte de Philippe-Auguste, près de la porte de la rue Vieille-du-Temple, qu’on appelait en raison de ce voisinage porte Barbette.
L’hôtel entouré de jardins était très considérable, les financiers de tout temps ont fait imprudemment étalage de leurs richesses, qu’à tort ou à raison, et très souvent à raison, on considérait comme mal acquises. Ces questions de finances, d’impositions, tailles et aides levées irrégulièrement et arbitrairement, c’est la grosse cause de discordes entre les peuples et les rois; il était bien difficile d’y apporter remède et d’améliorer le système de répartition et de perception, à cause des privilèges de classes, des différences de traitement des provinces et de la confusion des franchises, coutumes, immunités. C’est la cause directe ou indirecte de presque toutes les séditions. Les financiers haïs par les peuples, qui voient tous ces ruisseaux d’argent converger vers leurs coffres, soupçonnés par les princes qui les accusent d’en arrêter au passage une trop forte partie, ont souvent payé fort cher leurs malversations. Les hôtels et châteaux construits par eux témoignant imprudemment d’une opulence acquise aux dépens de l’épargne des peuples et de la bourse du roi, leur ont attiré souvent de terribles mésaventures et sont rarement passés à leurs héritiers.
Philippe le Bel, ayant usé de toutes les ressources de l’impôt, s’en était pris aux monnaies, dont il diminua le titre à plusieurs reprises au grand dommage et embarras de tous en général; cela créa une question des loyers qui poussa enfin à bout l’irritation du peuple. Les loyers, convenus en ancienne et loyale monnaie devaient-ils être payés en monnaie altérée, ayant perdu une forte partie de sa valeur? Les locataires disaient oui et les propriétaires non. Tous avec autant de raison. Cette question d’argent tourna en émeute. Le populaire se porta sur la courtille Barbette, mit le feu à l’hôtel et détruisit tout ce qu’il pouvait détruire, jusqu’aux arbres du jardin.