III
LE PRÉVÔT DE PARIS
L’hôtel des Prévôts de Paris.—Hugues Aubryot et les Maillotins.—L’hôtel d’Orléans.—A l’Abri-Coyctier.—Le fief de la Trémouille.—Magnificences de la maison à l’enseigne de la Couronne d’or.—Sa destruction.—L’hôtel des archevêques de Sens.—Tristan de Salazar.—La justice sommaire de la reine Margot.—L’hôtel des abbés de Cluny.—François Iᵉʳ et la veuve de Louis XII.—Les émotions du cardinal de Guise.—Le connétable de Montmorency.—Le manoir de la Salamandre.—Le chancelier Séguier.—Catherine de Médicis.—La kermesse de l’Agio à l’hôtel de Soissons.
ENTRE le lycée Charlemagne et l’église Saint-Paul, dans la cour du passage Charlemagne, subsistent quelques débris notables de diverses époques provenant d’un hôtel des Prévôts de Paris. Ce sont des restes de façades de la Renaissance et du XVIIᵉ siècle, à côté d’une tour d’escalier à pans coupés dont les larges fenêtres sont encadrées d’une haute ogive. Un corps de logis de la Renaissance, assez important, a été démoli récemment.
Les prévôts de Paris, magistrats royaux dont les fonctions étaient importantes et qui représentaient à peu près les préfets actuels, comme le prévôt des marchands représentait un maire, ne devaient pas, suivant une très sage ordonnance de saint Louis, être pris parmi les Parisiens d’origine. Le siège de leur juridiction était le Châtelet, mais généralement en entrant en charge, ils quittaient leur domicile particulier pour s’en aller habiter l’hôtel des Prévôts, à proximité du logis royal de Saint-Paul.
L’HÔTEL DES PRÉVÔTS, PASSAGE CHARLEMAGNE, ÉTAT ACTUEL
Cette tour d’escalier est le seul débris de l’hôtel primitif bâti par le célèbre prévôt Hugues Aubryot, à l’époque la plus troublée du XIVᵉ siècle. Hugues Aubryot, natif de Bourgogne, arrivant après la répression de la commune de 1358, n’avait pas besogne facile, dans ce Paris encore si profondément remué. Il eut à diriger d’importants travaux, à terminer d’abord la muraille d’Etienne Marcel, cette nouvelle enceinte de la rive droite qui triplait de ce côté l’étendue de la ville et avait été hâtivement élevée en l’espace d’une année seulement, en travaillant nuit et jour, pour mettre la Commune révolutionnaire à l’abri de l’attaque des troupes royales. On n’avait alors probablement, dans la grande presse, cherché qu’à se clore; Hugues Aubryot paracheva les travaux.
Pour compléter le système de défense, il construisit la Bastille Saint-Antoine, forteresse formidable destinée aussi bien à garder le saillant Est de la ville et le quartier de l’hôtel Saint-Paul de toute insulte du dehors, qu’à maintenir au dedans le peuple de Paris, toujours grondant et si prompt à se laisser entraîner aux séditions.