Très irritée de l’offense, l’Université s’en alla en corps à l’hôtel Saint-Paul réclamer vengeance, reprenant, en cas de non-satisfaction, sa grande menace de quitter Paris. A cette époque de tiraillements politiques aigus, quand les ducs d’Orléans et de Bourgogne se disputaient le gouvernement, Dame Université était une puissance qu’il importait d’avoir pour soi, aussi eut-elle pleine et entière satisfaction. Pour l’offense faite par ses gens, Savoisy fut, par arrêt du conseil, privé de sa charge de chambellan de l’hôtel du roi et banni; on s’en prit aussi à sa maison qui fut rasée de fond en comble.
L’hôtel du roi de Sicile, voisin de cette place vide, eut après une longue et brillante existence un sort plus triste qu’une mort violente. Après avoir appartenu à des princes de sang royal, au duc d’Alençon, il fut acheté en 1390 par Charles VI avant sa démence, alors que ce roi était un jeune prince très chevalereux, passionné d’armes et de tournois et qui donnait les plus grandes espérances; l’hôtel ensuite passa aux rois de Navarre, puis aux Roquelaure, aux comtes de Saint-Paul qui le rebâtirent, au cardinal de Birague qui en même temps qu’il y apportait quelques embellissements fit élever la fontaine de Birague en face Saint-Paul démolie de nos jours; l’hôtel vint enfin aux Caumont la Force, dont il prit le nom.
C’était une magnifique demeure avec de beaux jardins; une partie des bâtiments, après diverses affectations, fut en 1780 transformée en prison pour remplacer le For-l’Evêque et le petit Châtelet. L’hôtel devint la prison de la Force, la Grande Force, avec l’hôtel de Brienne voisin pour annexe appelée la Petite Force.
En cette prison de la Force fut écrouée en 92 la princesse de Lamballe. Elle faillit échapper aux massacres de septembre, grâce au dévouement de quelques amis qui couvrirent d’or quelques-uns des tueurs chargés de la besogne en cette prison; mais la malheureuse femme, sortie des geôles sanglantes à demi folle de terreur, fut saisie à la porte par d’autres assassins qu’on n’avait pas achetés, qui lui coupèrent la tête sur une borne au coin de la rue du roi de Sicile. Non satisfaits, ces cannibales, après que le cadavre dépouillé de ses vêtements fut resté quelque temps exposé aux regards de tous, pendant qu’un perruquier réquisitionné était contraint de friser et poudrer la tête de la malheureuse femme, ouvrirent le corps, enlevèrent le cœur et le placèrent au bout d’une pique pour le promener avec la tête dans tout Paris, du Temple à l’Assemblée, en s’arrêtant pour boire dans des cabarets, où ils déposaient la tête sur le comptoir à côté de leurs verres.
Il n’est rien resté de la Force qui fut démolie en 1840.
LA PETITE FORCE
L’HÔTEL SCIPION SARDINI, ÉTAT ACTUEL.