En même temps, pour augmenter le désordre, un des leurs mettait le feu à la maison de l’image Notre-Dame touchant au séjour d’Isabeau, où ils avaient vécu cachés depuis dix jours, commandés par un sieur Raoullet d’Octonville, ennemi particulier du duc, et par Guillaume et Thomas Courteheuse.
On a prétendu que le duc de Bourgogne lui-même avait pris sa part de l’exécution du crime afin d’être bien sûr qu’il réussirait mieux que celui de Pierre de Craon. Ce qui est certain, c’est que les meurtriers allèrent lui rendre bon compte de l’affaire à la tour Mauconseil, et qu’il les fit partir déguisés pour son château de Lens, en même temps qu’il s’éloignait de Paris après l’aveu de son crime.
Le tumulte était grand autour de l’hôtel Barbette, les gens de la reine arrivaient criant au meurtre, on se précipitait vers l’hôtel d’Orléans et aussitôt accouraient serviteurs et chevaliers armés à la hâte. La reine Isabeau, prise de peur, s’était jetée en sa litière et s’était fait porter à l’hôtel Saint-Paul, pendant que l’on enlevait le cadavre pour le conduire au milieu des gémissements, d’abord chez le maréchal de Rieux dans l’hôtel remplacé au XVIIᵉ siècle par l’hôtel Amelot de Bizeuil ou des Ambassadeurs Bataves, puis en l’église Saint-Guillaume des Blancs-Manteaux.
Ce meurtre qui fut le coup de tonnerre annonçant la grande lutte entre Armagnacs et Bourguignons et qui amena tant de malheurs sur le pays, avant d’être expié par la mort de Jean sans Peur tombant à son tour sous les haches et les épées au pont de Montereau, eut lieu dans la rue des Francs-Bourgeois, probablement devant un petit passage bordé de vieux murs et de bâtiments en encorbellement, subsistant peut-être des dépendances de l’hôtel Barbette.
Un peu plus d’un siècle après la reine Isabeau, l’hôtel Barbette reçut dans ses murs une autre femme célèbre, une reine encore, mais de la main gauche, Madame Diane de Poitiers, femme de Louis de Brézé grand sénéchal de Normandie. A sa mort l’hôtel Barbette trop vaste pour être conservé intact fut vendu en plusieurs lots. En 1563, les rues Barbette, du Parc-Royal et des Trois-Pavillons,—celle-ci maintenant Elzévir et qui s’appela aussi rue de Diane,—passèrent à travers le vaste ensemble de constructions ayant formé la courtille Barbette. Il subsista une partie des anciens bâtiments formant des hôtels particuliers comme l’hôtel d’Estrées, marqué sur le plan de Gomboust, logis appartenant au maréchal d’Estrées, père d’une troisième beauté célèbre, maîtresse royale encore, de la Belle Gabrielle qui attacha son nom à tant de maisons, nids d’amour éparpillés dans Paris, où elle recevait la visite du Vert Galant, l’amant officiel, et aussi, dit-on, de plusieurs autres galants, traîtres à leur roi. C’est en cet hôtel d’Estrées, reste des anciens hôtels d’Isabeau et de Diane de Poitiers, que l’Empire plaça la maison-mère des demoiselles de la Légion d’honneur.
LE PUITS DE L’ANCIEN SÉJOUR D’ORLÉANS ET DE L’ABRI-COYCTIER, SUBSISTANT COUR DE ROUEN
La maison formant le coin des rues Vieille-du-Temple et des Francs-Bourgeois porte sur l’angle une magnifique tourelle à pans coupés, la plus jolie de celles qui nous restent à Paris, gracieusement décorée et ciselée d’arcatures ogivales. Tourelle et maison avaient bien souffert; le poids du Temps s’était fait sentir, les affectations diverses avaient forcément amené bien des modifications, mais une restauration récente a rendu son comble effilé à la tourelle et rétabli certaines fenêtres dénaturées. Logis et tourelle ne datent point d’Étienne Barbette, ils n’ont même pu faire partie du séjour d’Isabeau, mais probablement ont été construits plus tard sur quelque dépendance de ce séjour.
Un autre hôtel princier s’élevait dès le XIIIᵉ siècle sur les rues du roi de Sicile et Pavée. Le roi de Sicile qui lui avait donné son nom était Charles, frère de saint Louis. A la fin du XIVᵉ siècle, l’hôtel appartenait au roi Charles VI. Près de là, demeurait le favori Savoisy, compagnon de jeunesse de Charles VI, en croupe de qui le roi, lors de l’entrée solennelle de la reine Isabeau, s’en allait incognito courir les rues de Paris pour jouir de la fête, ce qui lui attira dans la presse quelques horions de bourgeois bousculés.
Savoisy eut avec l’Université une affaire qui tourna mal pour lui. Un jour que les Écoles allaient en procession générale à Sainte-Catherine du Val des Ecoliers, le cortège se heurta aux gens de Savoisy menant leurs chevaux boire à la Seine. Une querelle s’engagea, les gens de Savoisy chevauchèrent raidement à travers la procession, renversèrent et blessèrent quelques personnes, puis non contents de cela, étant rentrés à l’hôtel s’y armèrent et revinrent tomber sur les écoliers qu’ils poursuivirent jusque dans l’église. Alors une vraie bataille s’engagea, par leur nombre, les écoliers finirent par avoir raison des assaillants à leur tour fortement étrillés.