Heureusement pour lui cette basse fosse n’était pas dans sa solide Bastille—mais dans les prisons de l’Evêque. Il s’y trouvait depuis quelques mois, un an peut-être, lorsque éclata l’insurrection des Maillotins, en 1382.
Il s’agissait encore d’impôts nouveaux. La sédition commença aux Halles par le refus qu’une vieille marchande de cresson opposa aux percepteurs de l’impôt. Ses cris ameutèrent la populace qui se mit aussitôt à courir sus aux fermiers des aides et à les massacrer. Les émeutiers, mal armés d’abord, marchèrent sur l’Hôtel de Ville, enfoncèrent les portes et s’emparèrent des armes amassées, harnois de guerre, cottes de mailles et «grande foison de maillets de plomb».
Ainsi armés, les insurgés deviennent les «Maillotins»; la terreur est si grande par la ville en proie à la violence déchaînée, que les officiers royaux, les magistrats et l’évêque se sauvent. Les Maillotins se livrent à tous les excès, ils tuent, saccagent et pillent. Ils assiègent l’abbaye de Saint-Germain qui se défend vigoureusement et réussit à les repousser. Ils délivrent les prisonniers du Châtelet qui se joignent à eux, ils vont à la prison de l’évêque, enfoncent tout aussi et parmi les prisonniers trouvent Hugues Aubryot.
Sentant le besoin d’avoir un chef, ils lui proposèrent d’être leur capitaine. Hugues Aubryot heureux de revoir le jour, leur promit une assistance vigoureuse mais demanda d’abord à s’aller rafraîchir et armer dans son hôtel. Et très sagement, pendant que les Maillotins passaient la nuit en désordres et orgies dans la ville épouvantée, Aubryot trouva le moyen de s’enfuir et de gagner la Bourgogne son pays, d’où il se garda bien de revenir jamais; pendant que tombait d’elle-même cette insurrection sans chef, que se dissipaient les bandes, si forcenées les premiers jours et maintenant effrayées elles-mêmes de leurs excès et que tout se terminait par la punition sévère des plus coupables, dont beaucoup furent secrètement jetés la nuit dans la rivière.
L’histoire de cet hôtel des Prévôts est, après Aubryot, assez confuse; la tradition y fait se succéder des princes, des grands seigneurs, et ensuite d’autres prévôts successeurs d’Aubryot revenant à l’hôtel affecté à leurs prédécesseurs: on y voit le duc d’Orléans qui y fonda l’ordre du Porc-Epic, Jean de Montaigu, surintendant des finances, plus mal traité par le sort que Aubryot et décapité en 1409, le duc de Berry, le connétable de Richemont, l’amiral de Graville, le connétable de Bourbon, le connétable de Montmorency, etc...
Au XVIᵉ siècle l’hôtel fut reconstruit, puis encore remanié et subdivisé au siècle suivant. Outre la tour d’escalier il reste un corps de logis remarquable par d’anciennes lucarnes et de grandes figures en cariatides; à part ces débris, des locaux industriels et une maison de rapport bordent maintenant la vieille cour qui vit si souvent messieurs les Prévôts de la grande ville, en chaperon et robe aux armes de la ville, le bâton de commandement à la main, partir à cheval précédés des sergents en hoquetons aux couleurs parisiennes, pour présider aux cérémonies en solennité, ou pour marcher au bruit, les jours d’émotion populaire.
Si des connétables de France possédèrent ce vieux logis des prévôts, un autre connétable, le chevalier Bertrand du Guesclin, avait son hôtel de Paris dans la rue de la Verrerie, mais rien de rien n’en demeure qui pourrait sur un point bien précis fixer le souvenir du grand Breton. On sait seulement que son logis avait par derrière, dans les communs, une sortie sur la rue Barre-du-Bec englobée dans la rue du Temple, à la hauteur du numéro 17 actuel de cette rue.
Le malheureux duc d’Orléans, assassiné rue des Francs-Bourgeois, avait son hôtel de l’autre côté de la Seine, appuyé au rempart entre la porte de Buci, que Perrinet Le Clerc devait livrer aux Bourguignons, et la porte Saint-Germain. C’était un magnifique séjour qui resta aux ducs d’Orléans jusqu’à Louis XII.
A son avènement celui-ci le vendit en plusieurs parties, dont un lot important fut acquis par Jacques Coyctier, l’ancien médecin de Louis XI, «habile homme, dit Commines, qui savait prendre son malade et lui était si rude que l’on ne dirait point à un valet les dures paroles qu’il lui disait». Cet homme si rude était très retors, en travaillant sans vergogne par la crainte de la mort l’esprit de son malade, il sut tirer de Louis XI d’énormes sommes, des gages de 10 000 écus par mois, des seigneuries et différents bénéfices pour lui ou sa famille. Il dut en partie rendre gorge plus tard et versa au trésor royal 50 000 écus, mais n’en resta pas moins fort à l’aise dans son abri-Coictier, comme il appelait sa maison où il avait fait sculpter à côté d’un éléphant chargé d’une tour, ornement de l’hôtel d’Orléans, l’abricotier, son emblème particulier formant rébus.
L’abri Coyctier est tombé; on retrouverait pourtant quelques fragments des murailles qui en ont fait partie, au fond de la deuxième cour de Rouen, dans le passage du Commerce; il en subsiste, dans tous les cas, dans un angle de cette cour, un vieux puits gothique dont la margelle sculptée est à demi enterrée aujourd’hui dans le sol remblayé.