Les Montmorency possédaient plusieurs maisons dans Paris, l’hôtel de Montmorency rue Sainte-Avoye, le seul qui restera marqué sous ce nom dans le plan de Gomboust, l’hôtel neuf de Montmorency en face de celui-ci, devenu plus tard l’hôtel de Mesmes, plus l’hôtel de Rochepot rue Saint-Antoine, l’hôtel de Damville rue Couture-Sainte-Catherine, et enfin l’hôtel patrimonial de la rue de Montmorency alors rue Courtauvillain. C’était un grand logis du XIIIᵉ siècle, reconstruit plus tard et qui porte aujourd’hui le nº 5 de la rue de Montmorency. Cet hôtel fut confisqué par Richelieu, sous Louis XIV; Nicolas Fouquet l’habita alors qu’il n’était encore que procureur général en Parlement. Grandeurs passées, la finance succède aux hauts barons, le commerce succède à la finance, et maintenant cette grande façade à hautes fenêtres sans ornements ne se distingue plus guère des maisons voisines que par ses proportions.
Dans l’hôtel neuf rue Sainte-Avoye, aujourd’hui rue du Temple, 14, vint mourir le vieux connétable Anne de Montmorency, âgé de quatre-vingts ans, blessé d’un coup de pistolet dans les reins, dans une charge poussée à fond par le prince de Condé à la bataille de Saint-Denis, le 10 décembre 1567. C’était pendant la deuxième guerre civile, l’armée protestante bloquait Paris: le connétable, qui n’avait que peu de troupes et attendait des renforts, avait dû, malgré lui, donner bataille pour faire cesser les murmures des Parisiens. Rapporté dans son logis le soir de la bataille, il mourut trois jours après. Comme ceux qui le soignaient essayaient de lui donner de l’espoir, le vieux connétable s’irrita:—Assez! leur dit-il, pensez-vous que j’aie vécu quatre-vingts ans et que je n’aie pas appris à mourir un petit quart d’heure!
Henri II était venu quelquefois dans la maison. Henri III y vint danser aux noces du duc d’Épernon. L’hôtel du vieux connétable devint un siècle après, pour les de Mesmes, hôtel de parlementaires, et plus tard maison de financiers pour Law, qui, avant de mettre ses commis rue Quincampoix, établit ici ses bureaux. Encore une fois la finance après les grands barons.
Un logis important au commencement du XVIᵉ siècle, logis royal, logis de duchesse et de maîtresse de roi, occupait un vaste espace entre le pont Saint-Michel et le couvent des Grands-Augustins, c’était l’hôtel d’Étampes, un manoir dit de la Salamandre, bâti par François Iᵉʳ pour Anne de Pisseleu, duchesse d’Étampes. Le roi chevalier avait ainsi à côté l’une de l’autre sa maîtresse et son chancelier le cardinal Duprat, quand celui-ci cessa d’habiter l’hôtel de Sens pour prendre l’hôtel d’Hercule qui fut plus tard de Nantouillet, à l’angle de la rue des Grands-Augustins.
LES CHARNIERS DE SAINT-PAUL
L’hôtel de la duchesse d’Étampes portait partout la Salamandre, la marque royale, qui se retrouve encore dans un des débris dissimulé au nº 20 de la rue de l’Hirondelle.
C’était un véritable palais que ce nid des amours royales, luxueusement décoré de peintures et de tapisseries, couvert d’emblèmes et de devises galantes. Au siècle suivant, la maîtresse royale étant devenue une dame du temps jadis, l’hôtel d’Étampes fut morcelé. Il se partagea en hôtel de Luynes et hôtel d’O; celui-ci formait le coin de la rue Gilles-Cœur et du quai, alors rue de Hurepoix. L’hôtel d’O appartenait aux Séguier. La fille du chancelier Séguier épousa un de Luynes et sans doute les deux logis contigus furent de nouveaux réunis.
L’HÔTEL DE SOISSONS (ÉTAT ANCIEN) ET LA COLONNE DE CATHERINE DE MÉDICIS (ÉTAT ACTUEL)