La colonne Ruggieri n’a survécu au palais de Catherine que grâce à l’écrivain Bachaumont qui, pour faire rougir les édiles de leur vandalisme, l’acheta 800 livres au moment où elle allait être comprise dans la démolition, et qui la recéda plus tard à la ville à la condition qu’elle ne serait pas démolie.
L’un des nombreux Italiens amenés à Paris par Catherine de Médicis, Scipion Sardini, a laissé dans un quartier fort éloigné et qui alors confinait à la campagne, sur les bords de la Bièvre, un hôtel assez important qui a pu, sans doute grâce à son éloignement du centre, traverser trois siècles, affecté à différents services.
Les Italiens venus à la cour de France au XVIᵉ siècle firent tous des fortunes rapides, comme les Gondi, les Strozzi, les Zamet, les Concini et autres. Ce Scipion était un traitant fermier des impôts, qui se transforma bientôt en un riche gentilhomme, baron de Chaumont-sur-Loire, possédant château en Touraine, château féodal de haute importance, ayant appartenu à Catherine,—et où se voit encore, à côté de la chambre de la Reine, la chambre de son astrologue Ruggieri,—possédant
LE DUC DE GUISE A LA JOURNÉE DES BARRICADES.—1588
Imp. Draeger & Lesieur, Paris
en outre un bel hôtel à Blois, et en situation sous Henri III de se bâtir à Paris un autre logis plus riche et plus vaste.
Ce bel hôtel des bords de la Bièvre rappelle les édifices des rives de la Loire par son architecture de briques et pierres, ses arcades, ses médaillons à têtes romaines, comme on en voit là-bas, notamment à l’hôtel d’Alluye.
Hélas, la vie est courte et les années de prospérité surtout passent vite, c’était bien la peine de se lancer en belles constructions. Sardini était à peine mort aux premières années du XVIIᵉ siècle, que du bel hôtel, probablement confisqué comme règlement de comptes avec le financier, on faisait un hôpital de mendiants.