VIEUX PIGNONS RUE BEAUBOURG
Souvenirs champêtres.—Clos, granges, cultures, fermes.—La double croisée de Paris.—Autour du Châtelet.—Les maîtres bouchers et la grande boucherie.—La rue Trop-va-qui-dure et la Vallée de misère.—Grandeurs, prospérités et solennités de la grande rue de Saint-Denis.—Chemin royal au commencement et à la fin des règnes.—Entrées de l’empereur Charles IV, d’Isabeau de Bavière, de Louis XI, etc.—Cortèges, spectacles et divertissements.—Les funérailles royales.—Un Arbre de Jessé.—Noms de maisons.—Anciennes hôtelleries.—Les omnibus de Blaise Pascal.—La grande rue Saint-Honoré.—L’Arbre sec.—Arbrissel ou potence?—La croix du Trahoir.—La rue de la Ferronnerie.—Aux Innocents.—Grandes halles de la mort et grand marché des vivants.
CE Paris bourgeois et populaire qui répand ses innombrables maisons autour des grands hôtels féodaux, des logis de noblesse et des séjours de princes a, depuis le jour où il a débordé de l’île berceau sur les deux rives, englobé, dans son accroissement jamais arrêté, bien des hameaux, des fermes, des petits fiefs champêtres rejoints d’abord, puis étouffés bientôt dans les lacis des ruelles qui les enserrent.
Il ne restera de ces villages absorbés au plus touffu de l’immense enchevêtrement de pignons, de cubes de pierres et de cages en pans de bois où grouille la fourmilière parisienne, que des noms de quartiers, que des appellations agrestes pour des voies commerçantes où ne verdit plus aucun feuillage, ou bien des noms jolis et ensoleillés étiquetant ironiquement des ruelles profondes et noires que le soleil ne connaît plus.
L’ÉGLISE SAINT-SAUVEUR, RUE SAINT-DENIS
En fouillant au plus profond des quartiers encombrés on retrouve des souvenirs d’anciens clos, le clos de Laas, le clos Bruneau au pays des écoles, le clos Garlande, le clos Georgeau, le clos des Halliers, le clos des Arènes à Saint-Victor, le clos Thyron appartenant à l’abbaye de Thiron ou Tiron près Chartres,—laquelle avait aussi donné son nom à une rue où les abbés avaient leur logis près de la rue Saint-Antoine, ainsi qu’à une prison,—le clos des Mureaux, le clos Saint-Symphorien planté en vignes sur la montagne Sainte-Geneviève et bien d’autres tant sur la rive gauche que sur la rive droite.
On rencontre d’agrestes souvenirs étouffés sous les pierres, plusieurs rues des Amandiers, dont une sous Sainte-Geneviève où se sont bâtis des collèges, la rue Hautefeuille, le Chardonnet, champ de chardons où fut édifiée l’église Saint-Nicolas du Chardonnet, les Vignes, les Marais, les Champeaux, des Granges, la Grange aux Merciers, la Grange batelière qui fut un fief important, dont le manoir était situé sur l’emplacement de l’hôtel Drouot.
La transformation du quartier Saint-Paul aux dépens des jardins de l’hôtel royal au XVIᵉ siècle, donna les rues de la Cerisaie, Beautreillis; on avait déjà les rues des Jardins-Saint-Paul, du Mûrier, du Figuier, du Champ Fleuri, des Petits-Champs, des Rosiers, du Vertbois et même la rue des Orties entre le Louvre et les Tuileries.