Tout le long de la rue Pierre-à-Poisson, simple ruelle serpentant le long des sombres murailles du Châtelet, côté du couchant, des échoppes s’alignent avec des pierres pour étaler le poisson. Le poisson frais de la rue Pierre-à-Poisson rencontre le poisson salé de la rue de la Saunerie qui n’a pas meilleure odeur. De la rue aux Salaisons on tombe par la rue Trop-va-qui-Dure à la rue de la Poulaillerie et à la vallée de Misère.
De l’autre côté du Châtelet, tourne au pied des murs la rue de la Joaillerie où sont des boutiques d’orfèvres assez étrangement placées dans ce quartier voué au commerce des victuailles.
Le nom de la rue Trop-va-qui-Dure, ou Qui-m’y-trouva-si-dure, a mis les cerveaux des chercheurs d’étymologies à la gehenne. L’appelle-t-on ainsi parce qu’elle conduit à l’entrée du terrible Châtelet et que pour bien des malheureux elle est le chemin du supplice? Il va trop longtemps celui qui dure encore après l’avoir suivie, car les juges et les bourreaux l’attendent. Peut-être aussi est-ce tout simplement un nom torturé lui-même et à la fin tout à fait dénaturé comme on en peut citer beaucoup d’autres.
Quant à la vallée de Misère, c’est la place où se tenait le marché aux volailles, la Poulaillerie, une place bordée de quelques vieilles maisons que dominent le sommet des tours du Châtelet et le petit clocheton de Saint-Leufroy. Son nom lui vient peut-être de l’aspect misérable de son entourage, ou peut-être parce que la place étant en contre-bas du quai de la Mégisserie et du débouché des ponts aux Changeurs et aux Meuniers, la Seine, à la moindre crue, lui vient faire visite et gêner les pauvres marchands de volaille.
En souvenir de l’une des plus sérieuses de ces inondations si fréquentes, la vallée de Misère avait son petit monument à l’angle d’une maison du quai, un pilier portant une image de la Vierge avec cette inscription:
Mil quatre cens quatre vingt treize
Le septiesme jour de janvier
Seyne fut icy à son aise
Battant le siège du pillier.
Les rues constituant la croisée de Paris furent les premières voies parisiennes régulièrement pavées. Boueuses à la moindre pluie, d’une boue qui se changeait l’été en poussière désagréable et malsaine que le moindre vent soulevait, les rues laissaient fort à désirer alors au double point de vue de la viabilité et de la salubrité.
On raconte que Philippe-Auguste prenant un soir d’été l’air à une fenêtre de son palais de la Cité, comme un bon bourgeois qui se repose après la journée faite, se trouva fort incommodé par les miasmes se dégageant des rues poudreuses, par la poussière malodorante soulevée sous les pieds des chevaux et les roues des charrettes traversant en si grand nombre la Cité.
VIEUX PIGNONS DE LA RUE GALANDE (1894)