TOURELLE RUES HAUTEFEUILLE ET PIERRE-SARRAZIN

En ce siècle les habitants de la vieille rue y ont eu surabondance de spectacles: splendeurs impériales, défilés de soldats épiques revenant, harassés de victoires, de toutes les contrées d’Europe avec le fulgurant empereur en tête; bandes insurgées criant Vive la Charte, vive Orléans, vive la République ou vive la Commune! comme leurs pères avaient crié: vive Bourgogne, vive Guise ou vive la Ligue!

Le dernier défilé de ce genre, nous l’avons vu nous-même le 22 mai 1871 au matin, c’était la débâcle des soldats de la Commune surpris au petit jour aux remparts de Passy et refluant en désordre le long des boutiques se fermant à la hâte...

Encore un souvenir cependant à notre carrefour de l’Arbre-Sec. Molière fut un de ses enfants. Nous avions à Paris pour le grand poète comique, deux maisons natales, une rue de la Tonnellerie aux Halles, et une rue des Étuves-Saint-Honoré en face de la croix du Trahoir, et deux maisons mortuaires rue de Richelieu. Des plaques en font encore foi.

C’était vraiment beaucoup. Il n’y a plus guère de doute maintenant. Les recherches des moliéristes semblent avoir définitivement prouvé qu’en 1622, au moment de la naissance de l’enfant qui devait être Molière, le tapissier Jean Poquelin avait quitté la rue de la Tonnellerie et occupait la maison faisant le coin de la rue des Étuves et de la rue Saint-Honoré. Dans tous les cas, Molière y a passé son enfance.

En ce temps la rue des Étuves, aujourd’hui rue Sauval menant à la Bourse du commerce, aboutissait aux jardins de l’hôtel de la reine Catherine de Médicis. La maison Poquelin était une construction à pans de bois apparents, déjà vieille de plus d’un siècle, décorée sur l’angle d’un beau poteau sculpté jusqu’au toit; ce poteau cornier figurait un arbre après lequel grimpait une troupe de singes, se contorsionnant, grimaçant et croquant des pommes. Le tapissier en avait tiré son enseigne: au pavillon des cinges. On a pu voir encore ce poteau des singes au commencement de notre siècle, la maison ayant vécu jusqu’en 1802.

Quant aux deux maisons mortuaires rue de Richelieu 34 et 40, il paraît que la dernière seule a droit à la plaque relatant la mort de Molière le 6 février 1673.

TOURELLE PLACE DE L’HOTEL DE VILLE, DÉMOLIE EN 1850

Grâce à l’intervention du roi près de l’archevêque de Paris, la dépouille du grand comédien put s’en aller reposer en terre sacrée. On l’enterra à sept heures du soir dans le cimetière de la petite église Saint-Joseph, bâtie à l’angle des rues Montmartre et du Temps-Perdu, maintenant Saint-Joseph. Une grande pierre recouvrait la tombe et sur cette pierre la veuve de Molière fit charitablement, dans un hiver rigoureux, allumer de grands feux pour un chauffoir public.