LE GRAND JEUNEUR, SUR LE PARVIS
Outre ces folies alternant avec les solennités religieuses, les processions de la Fête-Dieu, les représentations de mystères, origine de notre théâtre, Notre-Dame avait encore la promenade du dragon de saint Marcel, une sorte de Tarasque d’osier qui partant du cloître le jour des Rogations, était promenée dans la paroisse par le clergé, à la grande joie du populaire qui s’efforçait de jeter fruits et gâteaux dans la gueule du monstre.
Ces statues étranges penchées à la balustrade au-dessus de la grande galerie ajourée, ces chimères, guivres et bêtes fantastiques que les siècles avaient fini par ronger et qu’on a dû refaire de nos jours en s’aidant de leurs débris, ces diables cornus usant leurs prunelles de pierres à contempler ou surveiller Paris, quels spectacles la vieille Lutèce ne leur a-t-elle pas donnés!
Drames, comédies et féeries, déroulements de splendeurs joyeuses pour les entrées solennelles de rois ou de reines, départs pour la croisade, pavoisements et enguirlandements des rues pour les grandes occasions; et comme contrastes, la longue série des séditions populaires et révolutions diverses, explosions périodiques de la mauvaise humeur du peuple foulé ou trompé, furieux accès de rage causés par les trop longues et trop dures misères.
Combien de fois les sanglantes lueurs de l’incendie ont-elles illuminé la face de ces monstres, les flammes courant de rue en rue sur ces milliers de toits! C’est l’Anglais à Paris et Jeanne d’Arc repoussée sous la porte Saint-Honoré, à la joie criminelle de la majorité des Parisiens, de l’Université et des dirigeants. C’est le sang de tant de bagarres et de tant de massacres que boit sous les pavés soulevés le sol des rues parisiennes; ce sont enfin les forteresses et les palais qui s’écroulent et la guillotine qui se dresse, le terrible autel pour la messe rouge dite chaque jour là-bas, pendant que retentissent sous les voûtes de l’église les hymnes en l’honneur de la déesse Raison.
LES ÉCOLES DU CLOÎTRE
Il semble qu’en plaçant cette couronne de diaboliques figures au front du monument, où devant tant de vierges, de martyrs et de saints s’élèvent comme un encens les prières des foules, les architectes du moyen âge, philosophes ironiques, aient songé à faire la part du mal et à fournir des patrons dignes d’eux aux êtres de sang et de proie qui grouillent dans les bas-fonds des grandes villes, écume sinistre des agglomérations humaines.
..... Et Paris contemplé de là-haut était bien grand déjà. Victor Hugo dans Notre-Dame de Paris a brossé splendidement le grand panorama à vol d’oiseau