Voilà ce que disait Boileau en 1660 dans sa satire des Embarras de Paris et le satiriste n’exagérait vraiment pas. Il ajoute un peu plus loin:

..... Des filous effrontés, d’un coup de pistolet,
Ebranlent ma fenêtre, et percent mon volet;
J’entends crier partout: Au meurtre! on m’assassine!...

On devine ce que pouvaient être, dès la nuit bien tombée, ces rues enténébrées, ces étroites rues aux ramifications compliquées, où les hautes façades rapprochées comme des falaises de ravins sombres et profonds, à peine piquées de quelque lumignon timide çà et là, laissent à peine entrevoir quelques étoiles, ces carrefours de mauvaise réputation où le tournant des ruelles menace à droite et à gauche, ces voûtes inquiétantes, portes cochères ou entrées d’impasses, innocentes dans le jour, prenant l’aspect de coupe-gorge avec la nuit, et tout ce noir qui vous enveloppait, ce noir sinistre, lugubre, se poursuivant interminablement!

Messieurs les voleurs ne se gênaient pas toujours en plein jour et dès la nuit venue pouvaient se dire les rois du pavé. La chronique de ces temps est pleine de leurs coups d’audace. N’osèrent-ils pas un beau soir s’attaquer à M. de Turenne lui-même! Le grand maréchal, ne voyant pas la résistance possible, y laissa sa bourse; sans doute elle n’était pas assez ronde, car les voleurs avec la plus grande politesse d’ailleurs, taxèrent leur illustre victime à une certaine somme en plus, qu’un des leurs se chargea d’aller toucher le lendemain.

Le sieur Loret dans sa gazette rimée raconte maints exploits des détrousseurs de carrefour, qui ne se montraient pas toujours d’aussi bonnes façons qu’avec Turenne:

La sœur du chevalier du guet
Fut un jour dévalisée,
Et tout entière dépouillée
Par des barbares inhumains...

M. de la Reynie, magistrat intègre et vigilant, pour qui l’on créa, à la réorganisation de la police en 1667, la charge de lieutenant général de la police de la ville de Paris, travailla énergiquement à l’épuration des bas-fonds de la capitale, poursuivit à outrance les innombrables coupe-jarrets et tire-laine, les voleurs et assassins pullulant dans Paris, ferma les cours des Miracles et jeta truands et vagabonds dans les prisons ou les hôpitaux.

Dans sa lutte contre les criminels ou contre les simples fauteurs de désordres, il commença, en même temps qu’il augmentait le guet, par éclairer le champ d’opérations de tous les malandrins. On plaça une lanterne garnie d’une chandelle à l’extrémité de chaque rue et une au milieu quand la rue était longue. Cette mesure causa une sensation si profonde, parut une innovation si importante et un bienfait si grand que pour en perpétuer le souvenir on frappa en 1669 une médaille où se voyait la Ville de Paris, une lanterne à la main, avec la légende: Urbis securitas et nitor. Pour forcer les mauvais garçons à respecter ces lanternes gênantes, il y avait peine de galères pour quiconque y toucherait.

Par malheur, ces lanternes n’étaient allumées que pendant l’hiver, du 20 octobre au 31 mars. Le reste du temps on s’en remettait, pour l’illumination des rues, à l’antique Phébé, lanterne qui ne coûte rien et que l’on n’a pas la peine d’allumer. On avait aussi les falots, une entreprise dans les divers bureaux de laquelle on trouvait des porteurs de falots numérotés par qui l’on pouvait se faire accompagner et qui rendaient divers services à leurs clients.

Cette institution des falots numérotés vécut longtemps et subsista jusqu’à la fin du XVIIIᵉ siècle, malgré l’augmentation de l’éclairage des rues, malgré les réverbères.